Economy

Grande victoire pour les agriculteur·rice·s indien·ne·s suite à l'abrogation des réformes agricoles de Modi par le Parlement

Une mobilisation continue et inspirante des fermier·ère·s de l'Inde contre les réformes agricoles de Modi, a abouti à une victoire retentissante.
Les agriculteur·rice·s indien·ne·s ont combattu et surmonté la répression policière, la pandémie de COVID-19 et de puissant·e·s adversaires internationaux·ales, pour enterrer trois projets de loi agricoles néolibéraux suscitant une large opposition, des « lois anti- fermier·ères » selon les syndicats soutenues par le FMI et les États-Unis.
Les agriculteur·rice·s indien·ne·s ont combattu et surmonté la répression policière, la pandémie de COVID-19 et de puissant·e·s adversaires internationaux·ales, pour enterrer trois projets de loi agricoles néolibéraux suscitant une large opposition, des « lois anti- fermier·ères » selon les syndicats soutenues par le FMI et les États-Unis.

Les réformes agricoles néolibérales du premier ministre indien Narendra Modi à partir de septembre 2020, ont déclenché la plus grande mobilisation de travailleur·euse·s contre son leadership, avec une campagne soutenue axée sur l'action et menée par les syndicats. Ces actions comprenaient des marches, des barricades, des camps de protestation, des défilés et une lutte contre la violence policière. Le rôle crucial des femmes dans les manifestations a été souligné dans un précédent article du Wire, ainsi que dans un essai photographique de Rohit Lohia décrivant la résistance de masse au Pendjab, considéré comme le centre du mouvement. En novembre 2021, les lois ont été abrogées et le résultat est considéré comme une immense victoire pour les agriculteur·rice·s et leur travail acharné dans le but de susciter un mouvement de masse. 

New Delhi : Dans une allocution télévisée à la nation vendredi matin, le Premier ministre Narendra Modi a annoncé que les trois lois agricoles controversées, adoptées en septembre 2020, ont été abrogées par le gouvernement de l'Union. Les  fermier·ère·s de tout le pays ont protesté contre ces lois avant même qu'elles ne soient adoptées. Iels estiment que ces dernières profiteraient aux grandes entreprises et nuiraient aux agriculteur·rice·s.

Des centaines de  fermier·ère·s ont campé aux frontières de Delhi depuis novembre 2020, pour exiger du gouvernement l’abrogation de trois lois de la même année, soit la loi sur les échanges et le commerce des produits agricoles (promotion et facilitation), la loi sur l’entente des agriculteur·rice·s sur  l'assurance des prix et les services agricoles (autonomisation et protection); et celle sur les produits essentiels (modification). Selon les syndicats, des agriculteur·rice·s principalement ont perdu la vie au cours de la manifestation.

Contrairement aux affirmations du Bharatiya Janata Party (BJP), selon lesquelles seul·e·s les gros·ses exploitant·e·s agricoles protestaient, une étude a révélé que les personnes ayant perdu la vie durant la manifestation étaient de petit·e·s  fermier·ère·s marginaux·ales et des agriculteur·rice·s sans terre.

Avant d'en venir au fait, M. Modi a affirmé durant un bon moment que son gouvernement avait amélioré la situation des  fermier·ère·s indien·ne·s et avait fait « le maximum » pour les aider. Après dix minutes passées à vanter les prétendues réalisations de son gouvernement, il a fait l'éloge des trois lois agricoles controversées, adoptées par ce dernier.

Il a ensuite abordé les manifestations. « Il nous semble important de n’avoir pu convaincre tou·te·s les agriculteur·rice·s des avantages de ces lois. Nous avons tenté de le faire, encore et encore, par différents moyens. Des discussions ont eu lieu. Nous avons entendu leurs arguments et les avons compris. Nous étions même prêt·e·s à modifier certaines dispositions et avons suspendu ces lois durant deux ans. L'affaire est également devant la Cour suprême. »

« Je m'excuse auprès de la nation, car il semble que nos efforts aient été insuffisants pour expliquer la vérité à certain·e·s agriculteur·rice·s. C'est le jour du Guru Nanak Jayanti, et ce n'est pas le moment de blâmer qui que ce soit. Je voudrais annoncer à tou·te·s que nous avons décidé d'abroger ces lois. J'espère que les agriculteur·rice·s contestataires vont maintenant rentrer chez elleux, retourner dans leurs fermes, et que nous pourrons prendre un nouveau départ. »

Dans les premières parties de son discours de vendredi matin, M. Modi s'est efforcé de démontrer sa proximité avec les agriculteur·rice·s. « Au cours des cinquante dernières années de ma vie, j'ai été témoin de la lutte des agriculteur·rice·s. C'est pourquoi mon gouvernement a accordé la primauté à leurs problèmes après que je sois devenu premier ministre. »

« La plupart des gens ignorent que la majorité des agriculteur·rice·s en Inde sont de petit·e·s , avec moins de deux hectares de terre. Leur vie entière repose sur cette petite parcelle agricole. C'est ainsi qu'iels se nourrissent et qu'iels nourrissent leurs familles. L'héritage au fil des générations réduit encore la taille de ces parcelles. Pour aider les petit·e·s fermier·ère·s, nous avons travaillé sur les semences, les assurances, la disponibilité du marché et les économies. Nous avons adjoint ces personnes aux cartes de santé des sols, aux assurances et à d'autres dispositions. La production agricole a aussi augmenté grâce aux cartes de santé des sols. »

Le gouvernement Modi n’a pu ignorer les manifestations des agriculteurs·rices, lesquel·le·s campent aux frontières de Delhi depuis plus d'un an maintenant, et signalent clairement que seule une abrogation totale les apaisera. Les partis d'opposition à travers le pays ont aussi soutenu leurs revendications. De plus, les cultivateur·rice·s ont décidé d'en faire une affaire électorale et ont mené une campagne active contre le BJP à l'approche des élections législatives.

Les États où les élections se tiendront au début de l'an prochain, notamment le Pendjab et l'Uttar Pradesh, ont été au centre des manifestations des agriculteur·rice·s. La plupart des observateur·trice·s du scrutin croyaient que les lois agricoles auraient un impact sur les électeur·rice·s dans certaines parties de ces États.

Le Samyukt Kisan Morcha (SKM) (« Front des agriculteur·rice·s uni·e·s ») qui chapeaute les organisations de fermier·ère·s et a été le fer de lance des manifestations, a salué cette initiative. Parallèlement, il a rappelé au premier ministre que le mouvement ne visait pas seulement l'abrogation des lois agricoles, mais aussi l'obtention de prix justes pour les produits.

En outre, le SKM a demandé pourquoi cette décision avait pris tellement de temps, alors que des agriculteur·rice·s perdaient la vie lors de la manifestation. 

Sa déclaration se lit comme suit :

« Le Samyukt Kisan Morcha salue cette décision et attendra que l'annonce prenne effet par le biais des procédures parlementaires appropriées. Si cela a lieu, cela constituera une victoire historique de la lutte des agriculteur·rice·s en Inde, qui dure depuis un an. Toutefois, près de 700 agriculteur·rice·s ont été sacrifié·e·s dans cette lutte. L'obstination du gouvernement central est responsable de ces morts évitables, y compris des meurtres à Lakhimpur Kheri.

Le SKM rappelle aussi au Premier ministre que l'agitation des fermier·ère·s ne vise pas uniquement l'abrogation des trois lois préjudiciables, mais aussi la garantie légale de prix justes pour l’ensemble des produits agricoles et des agriculteur·rice·s. Cette demande majeure des fermier·ère·s reste en suspens. Il en va de même pour le retrait du projet de loi d'amendement sur l'électricité. Le SKM notera tous les développements, tiendra bientôt sa réunion et annoncera d'autres décisions. »

Photo: Randeep Maddoke, Wikimedia

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Translators
Nicole Gagnon and Roxane Valier-Brasier
Date
07.12.2021

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