Briefing

Bulletin IP | N° 25 | Le Congrès inachevé

Deux siècles après que Bolívar eut tenté d’unir les Amériques autour du principe d’égalité souveraine, les forces progressistes renforcent à nouveau la solidarité entre les peuples et les nations.
Dans le vingt-cinquième Bulletin de l’Internationale Progressiste de 2026, nous retraçons la nouvelle offensive de Washington contre la souveraineté des Amériques et les forces hémisphériques qui se mobilisent à Montevideo pour proposer une alternative.

« Nous prenons très au sérieux le corollaire Trump de la doctrine Monroe », a déclaré la semaine dernière Pete Hegseth, autoproclamé secrétaire américain à la Guerre, depuis la jungle panaméenne. Il inspectait l’exercice militaire PANAMAX mené par les États-Unis, qui simulait des opérations visant à « sécuriser des terrains stratégiques ». Hegseth a promis d’obtenir « le même effet sur terre » que la campagne de bombardements qui a tué plus de 200 personnes à bord de bateaux dans les Caraïbes et dans l’est du Pacifique au cours de l’année écoulée.

Cette doctrine remise au goût du jour a reçu son nom plus familier, la « doctrine Donroe », de la part de Donald Trump en janvier, après que les forces américaines eurent attaqué le Venezuela et enlevé le président Nicolás Maduro. Sept mois plus tard, les États-Unis contrôlent la vente du pétrole vénézuélien ainsi que les comptes sur lesquels ses recettes sont versées. Fin juillet, plus de 13 milliards de dollars avaient transité par ces comptes ; rien qu’en juillet, 786 000 barils par jour ont été expédiés vers les États-Unis. Trump a fait fi du discours sur la transition démocratique. « Nous avons financé la guerre avec ce que nous avons prélevé de très, très, très nombreuses fois », a-t-il déclaré devant une foule à Las Vegas au début du mois. « Au vainqueur revient le butin. »

Ailleurs, la pression prend d’autres formes. Le Panama a été contraint de limiter l’implication chinoise autour du canal tandis que les troupes américaines reviennent en plus grand nombre. Le Brésil a été frappé de nouveaux droits de douane après que Washington eut jugé que ses politiques en matière de commerce numérique et de paiements électroniques constituaient une charge injuste pour le commerce américain. Parmi les mesures incriminées figure Pix, le système public de paiements instantanés qui permet aux Brésiliens et Brésiliennes de transférer de l’argent sans passer par les réseaux de cartes américains.

En mars, les présidents de l’Argentine, de l’Équateur, du Salvador, du Honduras et d’autres gouvernements de droite de la région se sont joints à Trump à Miami pour lancer l’initiative « Shield of the Americas » [« Bouclier des Amériques »], menée par les États-Unis. « Le cœur de notre accord », leur a déclaré le président américain, « est un engagement à recourir à la force militaire létale ». Le Chilien José Antonio Kast a rejoint la coalition avant son entrée en fonction ; la Colombie y a adhéré quelques jours après la prestation de serment, ce mois-ci, d’Abelardo de la Espriella, un allié de Trump. La stratégie de Washington pour l’hémisphère trouve des partisan·es enthousiastes parmi les élites latino-américaines.

L’administration Trump a publié le plan d’action reliant ces événements. Sa stratégie de sécurité nationale promet de « rétablir la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental » : élargir l’accès des forces armées américaines, utiliser les droits de douane comme levier commercial et tirer parti de la domination américaine dans les domaines de la finance et de la technologie pour éloigner les gouvernements des rivaux de Washington.

Il y a deux cent trois ans, le président James Monroe avait lui aussi tracé une ligne autour des Amériques. Sa doctrine mettait en garde les puissances européennes contre toute nouvelle intervention dans les républiques nouvellement indépendantes de l’hémisphère. Trois ans après le discours de Monroe, Simón Bolívar convoqua une autre réunion. En juin 1826, des délégué·es des jeunes républiques américaines se réunirent au Congrès de Panama. Leur indépendance était à peine acquise. Bolívar n’avait pas initialement l’intention d’inviter les États-Unis. Son projet consistait à rassembler les nouvelles républiques afin que leur indépendance vis-à-vis des anciens empires ne les laisse pas simplement dépendantes de nouvelles puissances. Deux siècles plus tard, le Congrès de Panama reste un projet inachevé.

Ce week-end, cet anniversaire sera célébré à 3 000 miles au sud de Panama City. Plus de 150 parlementaires, ministres, président·es et dirigeant·es politiques issu·es de 15 pays et territoires des Amériques se réuniront à Montevideo à l’occasion du troisième Congrès panaméricain. Fondé à Bogotá en 2024 et élargi à Mexico l’année dernière, ce congrès rassemble des responsables et des forces politiques de tout l’hémisphère (y compris une délégation du Congrès américain) afin d’élaborer un programme commun pour l’avenir de l’« Amérique ».

Les délégué·es débattront de la manière dont les pays peuvent préserver leur souveraineté économique alors que l’accès au marché américain peut leur être retiré à titre de sanction ; construire des infrastructures numériques sans se soumettre aux grandes entreprises qui dominent la finance et la technologie américaines ; lutter contre le crime organisé sans céder leur territoire aux forces armées d’un autre pays ; et mettre les extraordinaires réserves d’énergie, de minerais, de terres et de ressources humaines de l’hémisphère au service des besoins de leurs peuples. Qu’il s’agisse des Socialistes démocrates d’Amérique, de Libre Honduras, du Pacto Histórico ou du Frente Amplio chilien, les membres de l’Internationale Progressiste seront au cœur de ces échanges. De l’intégration industrielle et de la souveraineté numérique aux approches communes en matière de paix et de protection sociale, les propositions commencent à répondre à la question que Bolívar a laissée en suspens il y a deux siècles : quelles institutions et quelles capacités peuvent rendre la souveraineté réelle ?

Deux siècles après Monroe et Bolívar, les projets rivaux sont à nouveau d’une clarté inhabituelle. Washington promet « la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental ». Montevideo propose un autre principe : « Solidarité entre les peuples. Souveraineté entre les nations. »

Dernières nouvelles du mouvement

Impunies et imperturbables : la responsabilité des entreprises après Grenfell

Neuf ans après l’incendie de la tour Grenfell, l’entreprise dont le produit inflammable recouvrait le bâtiment n’a toujours pas été tenue de rendre de comptes de manière significative. Le revêtement Reynobond PE d’Arconic a été une « cause principale » de la propagation rapide de l’incendie qui a coûté la vie à 72 personnes le 14 juin 2017. En 2023, Arconic a réglé deux demandes d’indemnisation liées à l’incendie. Aujourd’hui, un nouveau rapport de CommonWealth révèle que les actionnaires de l’entreprise ont reçu 31 millions de dollars d’indemnisation de plus que les familles et les victimes qui ont tout perdu. La grande majorité de ces indemnités a été versée par les assureurs, Arconic n’ayant versé que 2 millions de dollars sur ses propres fonds. « Les entreprises ne semblent pas se soucier de l’impact de leurs agissements sur les gens ordinaires », a déclaré Leela Jadhav, chercheuse principale chez CommonWealth. « Elles se soucient bien davantage de leurs actionnaires et de leurs bénéfices. Il s’agit là d’une tendance mondiale croissante à laquelle il faut remédier et que notre projet espère combattre. »

Abahlali baseMjondolo rend hommage à Lindokuhle Mnguni

Cette semaine, Abahlali baseMjondolo, membre de l’Internationale Progressiste, rend hommage à Lindokuhle Mnguni, un dirigeant du mouvement assassiné à Durban le 20 août 2022. Mnguni, qui était président de la commune eKhenana d’Abahlali et dirigeant de la Ligue de la jeunesse, a été abattu de plusieurs balles chez lui après avoir passé plusieurs mois dans la clandestinité. Sa compagne, Sindiswa Ngcobo, a également été touchée par balle mais a eu la chance de survivre. Il avait 28 ans au moment de sa mort. L’Internationale Progressiste rend hommage à son combat pour la terre, la dignité et la liberté.

Notre histoire

13 août 1926 – Naissance de Fidel Castro

Le 13 août 1926 naissait le révolutionnaire cubain Fidel Castro. « Quand il parle aux gens dans la rue, ils l’appellent : Fidel », écrivait Gabriel García Márquez. « Ils s’adressent à lui de manière informelle, ils discutent avec lui, ils le revendiquent. C’est alors que l’on découvre cet être humain hors du commun que le reflet de sa propre image ne nous laisse pas voir. C’est ce Fidel Castro-là que je crois connaître. »

C’était cet « être hors du commun » qui, des montagnes de la Sierra Maestra aux plaines du sud de l’Angola, n’a jamais reculé devant la lutte pour la libération. Le Fidel qui a survécu à plus de 600 tentatives d’assassinat pour construire le socialisme sur une petite île des Caraïbes, à seulement 90 miles du cœur de l’impérialisme. Ce Fidel qui abhorrait l’iconographie, refusait la reconnaissance et, lorsqu’on lui demandait ce qu’il souhaitait le plus faire dans ce monde, répondait immédiatement : « me tenir à un coin de rue. »

Aujourd’hui, alors que l’administration Trump s’apprête à envahir Cuba, le centenaire de Fidel revêt une importance particulière. Il nous rappelle que, malgré la guerre de l’ombre menée depuis des décennies par Washington, la révolution cubaine perdure.

Pour marquer le centenaire d’El Comandante, le Workshop de l'Internationale Progressiste a publié une affiche commémorative en édition limitée. L’intégralité des recettes générées par ce produit de qualité muséale servira à soutenir nos campagnes internationalistes.

15 août 1947 – Fête de l’indépendance de l’Inde

L’Inde a obtenu son indépendance de la domination coloniale britannique le 15 août 1947. « Il y a de longues années, nous avons conclu un pacte avec le destin, et l’heure est désormais venue d’honorer notre engagement, non pas entièrement ni dans sa totalité, mais de manière très substantielle », a déclaré Jawaharlal Nehru, premier Premier ministre de l’Inde et cofondateur du Mouvement des pays non alignés, alors que l’Inde se libérait du joug de la domination britannique. « À l’heure de minuit, alors que le monde dort, l’Inde s’éveillera à la vie et à la liberté. Un moment arrive, qui ne se produit que rarement dans l’histoire, où nous passons de l’ancien au nouveau, où une époque prend fin, et où l’âme d’une nation, longtemps réprimée, trouve enfin sa voix. »

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19 août 1953 – Iran

Le 19 août 1953, la CIA et le MI6 ont renversé le Premier ministre iranien démocratiquement élu, Mohammed Mossadegh. L’opération Ajax, nom de code donné par la CIA à cette intervention, a constitué la première utilisation en temps de paix d’une action secrète par les États-Unis pour renverser un gouvernement étranger. La stratégie de déstabilisation et de répression mise au point par la CIA en août 1953 fut réutilisée moins de 12 mois plus tard au Guatemala, puis à d’innombrables reprises au cours des 70 années suivantes. Mossadegh était un dirigeant très populaire, connu pour avoir mis en place des réformes sociales et économiques progressistes, notamment la nationalisation de l’industrie pétrolière iranienne, qui priva l’Anglo-Iranian Oil Company (AIOC), contrôlée par les Britanniques, des richesses pétrolières de l’Iran. Le Royaume-Uni a organisé un embargo pétrolier paralysant contre l’Iran en représailles au programme souverainiste de Mossadegh. « Lorsque les Iraniens auront besoin d’argent », a déclaré l’ambassadeur britannique à Téhéran, « ils viendront nous supplier à quatre pattes ».

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Art de la semaine

L’œuvre « Pour les Uruguayens réduits au silence » de Manuel Espínola Gómez (1921-2003) a été réalisée en 1974, une période de troubles sociaux intenses, marquée par la répression systématique des manifestations et de nombreuses disparitions sous la violente dictature militaire qui a duré 12 ans.

Malgré ce régime oppressif, Gómez a exercé une influence considérable sur l’art uruguayen, s’imposant notamment sous le régime de droite. Il a expérimenté divers matériaux, notamment la peinture à l’huile, le graphite et le stylo à bille, et a contribué activement à des projets sociaux et politiques, notamment en concevant un logo pour la Confédération nationale des travailleurs en 1967. L’une de ses œuvres les plus connues est un portrait de Bolívar (Une intégration américaine ?), datant de 1983, qui interroge l’œuvre inachevée de Bolívar et a précédé le retour de la démocratie dans le pays en 1985.

Available in
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Date
21.08.2026
Progressive
International
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