Human Rights

Résister à la barbarie des États-Unis contre les droits humains : l'arrestation d'Alyssa Philip à Trinité-et-Tobago

L'arrestation de l'activiste Alyssa Phillip lors des célébrations de la Fête du Travail à Trinité révèle l'alignement du gouvernement sur les intérêts sécuritaires des États-Unis.
L'arrestation d'Alyssa Phillip lors des célébrations de la Fête du Travail à Trinité-et-Tobago, pour avoir organisé des protestations suite à une fusillade policière en janvier ayant tué Joshua Samaroo et grièvement blessé Kaia Sealy, a été universellement condamnée par les dirigeants syndicaux comme injustifiée. Cet incident reflète un schéma plus large de répression, intensifié par des « zones d'interdiction de manifester » établies sous un État d'urgence, qui a coïncidé avec l'approfondissement de l'alignement militaire de Trinité sur les intérêts stratégiques américains dans les Caraïbes, notamment le soutien aux opérations contre le Venezuela. Le gouvernement a adopté les positions de politique étrangère des États-Unis, pris ses distances avec la neutralité de la Caricom, et adopté des approches sécuritaires qui criminalisent la dissidence tout en privilégiant le maintien de l'ordre sur les droits humains et la responsabilité.

Publié initialement dans Black Alliance for Peace.

L'arrestation d'Alyssa Phillip, dirigeante du mouvement Justice pour Kaia Sealy, lors des célébrations de la Fête du Travail à Fyzabad, Trinité-et-Tobago, est une démonstration concrète de la façon dont le pouvoir d'État est utilisé pour réprimer des revendications légitimes de justice centrées sur les peuples. Elle illustre de manière troublante le plein alignement du gouvernement sur l'abandon, par le régime américain actuel, de tout semblant d'engagement envers les normes internationalement reconnues des droits humains.

Cette arrestation lors de la Fête du Travail était particulièrement révoltante. Des policiers en tenue d'intervention ont encerclé Phillip et sa mère, l'escortant dans un véhicule de police. La justification officielle selon laquelle Phillip ne pouvait pas rejoindre la marche parce qu'elle n'était pas membre d'un syndicat a été unanimement rejetée comme un « non-sens » par les dirigeants syndicaux, qui soulignent que Phillip avait été invitée à participer, les célébrations de la Fête du Travail ayant toujours accueilli l'ensemble des citoyen·ne·s.

Alyssa Phillip, ancienne camarade de classe de Sealy, a organisé 19 manifestations exigeant transparence et responsabilité pour la fusillade impliquant la police le 20 janvier, qui a coûté la vie à Joshua Samaroo et a grièvement blessé Kaia Sealy. Sealy, mère et coiffeuse sans casier judiciaire, a été extradée des États-Unis et inculpée d'homicide involontaire et de coups et blessures avec intention de nuire. Les partisan·e·s du mouvement ont présenté cette lutte comme un combat pour la justice, les droits humains, la démocratie et la responsabilité nationale - des enjeux qui transcendent les considérations juridiques étroites et touchent au principe fondamental qu'aucune institution ne devrait être au-dessus de la responsabilité.

La récente arrestation de Phillip s'inscrit dans un schéma plus large de répression qui a commencé avec l'introduction de « zones d'interdiction de manifester » sous l'État d'urgence. Ce schéma s’est consiérablement intensifié pendant la période où Trinité a servi de base pour le renforcement militaire américain contre le Venezuela : l'autorisation accordée par le gouvernement pour l'accès militaire américain et les exercices conjoints fin 2025 a signalé un approfondissement de l'alignement sur les intérêts stratégiques des États-Unis, coïncidant avec des mesures de sécurité intérieure renforcées. Ces mesures, qui interdisent les manifestations dans un rayon de 500 mètres autour de 15 institutions d'État clés, ont été promulguées peu après que les protestations liées à l'affaire Samaroo-Sealy ont pris de l'ampleur. De fait, Phillip et sa mère avaient déjà été arrêtées et libérées sous caution de 10 000 dollars TT pour « comportement désordonné » et « influence sur l'opinion publique d'une manière préjudiciable à la sécurité publique » en vertu du Règlement sur les pouvoirs d'urgence - des charges qui criminalisent de façon particulièrement inquiétante l'acte même de s’exprimer.

Il s'agit d'une intimidation pure et simple, une tentative de réduire au silence une voix que les autorités jugent gênante. Cette arrestation doit également être comprise dans le contexte plus large de l'adhésion totale du gouvernement aux cadres de politique étrangère et de sécurité des États-Unis. Depuis son entrée en fonction, le gouvernement de l'UNC a lié le destin de Trinité-et-Tobago aux États-Unis, reproduisant leur rhétorique et soutenant leurs décisions géopolitiques les plus controversées.

La Première ministre a ouvertement salué les opérations militaires américaines dans les Caraïbes, déclarant que « tous les trafiquants de drogue devraient être tués violemment », et a accueilli favorablement l'expansion de la présence militaire américaine dans la région, notamment l'installation d'un système radar militaire à Tobago. L'alignement du gouvernement de Trinité sur les positions américaines concernant le Venezuela, Cuba et l'Iran, évoluant de concert pour désigner le Hezbollah, le Hamas, les Gardiens de la révolution islamique (CGRI) et le Tren de Aragua comme entités terroristes, tout en intensifiant l'application des interdictions de manifester durant le renforcement militaire contre le Venezuela rend ces positions complices de politiques reconnues comme constitutives de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre et de violations de la Charte des Nations Unies. Cela est particulièrement vrai lorsque de telles désignations et mesures de sécurité servent à criminaliser la dissidence et à faciliter les objectifs militaires étrangers sous couvert de sécurité nationale. Le gouvernement s'est même distancié de la position historique de neutralité de la Caricom et du principe de « Zone de Paix », qualifiant l'organisation régionale de « partenaire peu fiable ».

Cette sujétion aux intérêts américains a des conséquences sur la légitimité politique intérieure et la souveraineté nationale. L'approche sécuritaire qui privilégie le maintien de l'ordre et les restrictions sur la responsabilité et les droits humains fondamentaux reflète l'approche même que les États-Unis ont exportée à travers le monde. La répression des manifestations sous prétexte de « sécurité » est le reflet de cet alignement. Lorsqu'un gouvernement adopte des dynamiques de pouvoir extérieures qui font passer l'ordre avant la justice et les droits humains, la dissidence intérieure devient la première victime.

Le peuple de Trinité-et-Tobago mérite mieux. Nous exprimons notre solidarité avec Alyssa Phillip et tou·te·s ceux et celles qui refusent d'abandonner la vérité, la justice et les droits humains au service des peuples.

Available in
EnglishSpanishPortuguese (Brazil)GermanFrenchItalian (Standard)ArabicBengali
Translators
Norohantaniaina Rasoarimejanirina, Nesrine Echroudi and ProZ Pro Bono
Date
03.07.2026
Source
Black Agenda Report (BAR)Original article🔗
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