Briefing

Bulletin IP | N° 28 | Grandes avenues

Alors que le Brésil s’apprête à voter, Washington et ses alliés déploient leurs moyens traditionnels et les nouvelles technologies à travers tout l’hémisphère.
Dans le vingt-huitième bulletin de l’Internationale Progressiste de 2026, nous faisons le lien entre le coup d’État contre Salvador Allende et les prochaines élections au Brésil, ainsi que la lutte pour la souveraineté politique, économique et monétaire à travers l’Amérique latine.

Peu après 9 heures du matin, le 11 septembre 1973, Salvador Allende s’adressa au Chili pour la dernière fois. La Moneda était encerclée ; les émetteurs radio pro-gouvernementaux avaient été bombardés ; des avions de chasse Hawker Hunter de fabrication britannique allaient bientôt frapper le palais présidentiel.

« Le capital étranger, l’impérialisme et la réaction », déclara Allende, avaient créé les conditions permettant aux forces armées de rompre avec la démocratie chilienne.

Deux ans plus tôt, le Congrès chilien avait voté à l’unanimité la nationalisation des grandes mines de cuivre du pays. Le gouvernement d’Allende avait calculé que les géants miniers américains Anaconda et Kennecott avaient engrangé 774 millions de dollars de profits excessifs depuis 1955, et ordonné que cette somme soit déduite de leur indemnisation.

Washington avait bien compris les enjeux. Henry Kissinger qualifia l’élection d’Allende de « l’un des défis les plus graves jamais rencontrés dans cet hémisphère ». Richard Nixon donna pour instruction à la CIA de « faire hurler l’économie ».

Cinquante-trois ans plus tard, le langage de Washington n’est guère moins explicite. Cette semaine, l’administration Trump a annoncé au Congrès qu’elle allouerait des fonds militaires supplémentaires à ses alliés régionaux (le Panama, le Pérou, l’Équateur et la Colombie), tous dirigés par des gouvernements de droite. Le Département d’État a déclaré que ces fonds empêcheraient les adversaires d’établir des « points d’ancrage stratégiques dans notre hémisphère ».

Les outils traditionnels de la coercition impériale, droits de douane, sanctions et puissance militaire, sont associés à de nouveaux outils, notamment les fermes de bots, les influenceurs rémunérés et les opérations de manipulation de données. Le consortium de recherche sur l’Internationale Réactionnaire a enquêté sur l’un de ces réseaux, articulé autour de Fernando Cerimedo, un agent politique argentin dont les activités s’étendent à l’ensemble du continent.

En février dernier, depuis la scène de Mar-a-Lago, Cerimedo a remercié Brad Parscale, l’ancien directeur de campagne de Donald Trump, de « m’avoir fourni votre technologie ». Cerimedo lui-même a affirmé en 2023 gérer plus de 50 000 comptes de bots.

Cerimedo a testé ces méthodes à travers tout le continent. Au Chili, il a contribué à la création d’un groupe de façade chargé de diffuser de fausses allégations contre le projet de constitution de 2022. En Argentine, il a rejoint la campagne de Javier Milei en 2023, apportant sa stratégie numérique, son réseau médiatique La Derecha Diario et, selon l’enquête, une opération de bots. Il a ensuite travaillé en Bolivie pour Rodrigo Paz et, aux côtés de Parscale, au Honduras pour Nasry Asfura, où la campagne a déployé des SMS de masse et obtenu le soutien de Trump. L’enquête fait également état de l’implication apparente de Cerimedo dans la campagne présidentielle victorieuse de Keiko Fujimori au Pérou en 2026.

Entre les deux tours de l’élection présidentielle brésilienne de 2022, Eduardo, le fils du président sortant Jair Bolsonaro, s’est rendu en Argentine pour rencontrer Cerimedo. Cinq jours après la défaite de Bolsonaro, Cerimedo a diffusé des allégations selon lesquelles les machines à voter brésiliennes auraient systématiquement favorisé Lula. Le même jour, le hashtag #BrazilWasStolen est devenu viral sur Twitter, propulsé par un groupe de comptes de bots nouvellement créés. Le tribunal électoral brésilien a rejeté les allégations de Cerimedo, mais les membres du complot de coup d’État qui a suivi, visant à empêcher Lula de prendre ses fonctions, pour lequel Bolsonaro a par la suite été condamné, les ont citées comme preuve que l’élection avait été volée.

Le mois prochain, le Brésil se rendra à nouveau aux urnes. Le principal adversaire de Lula est un autre Bolsonaro : Flávio, le fils de Jair. Les derniers sondages placent les deux candidats au coude à coude, dans la marge d’erreur. L’Observatoire de l’Internationale Progressiste sera présent au Brésil pour les deux tours, aux côtés de partenaires du monde entier, afin d’observer le scrutin et de documenter les menaces pesant sur l’intégrité du processus.

Les Bolsonaro ont un allié à la Maison Blanche. En début d’année, Flávio a fait part à des diplomates étrangers de ses allégations concernant le système électoral brésilien. Eduardo est apparu aux côtés de Cerimedo lors d’un direct en ligne, réitérant ses attaques contre le système électoral. En mai, Flávio s’est rendu à Washington, où il a rencontré Donald Trump, Marco Rubio et JD Vance.

En juillet, Washington a imposé des droits de douane de 25 % sur toute une gamme de produits brésiliens. Parmi les pratiques visées par l’enquête commerciale américaine figurait le soutien apporté par le Brésil à Pix, le système de paiement public qui a rapidement grignoté des parts de marché aux sociétés de paiement américaines, plus onéreuses. Lors du sommet des BRICS de ce mois-ci, les États membres ont soutenu un recours accru aux monnaies locales et les initiatives visant à interconnecter leurs systèmes de paiement nationaux : une infrastructure qui pourrait permettre à davantage d’échanges commerciaux de contourner le dollar.

Allende savait que la bataille qui se livrait autour de lui était perdue. « Ils ont la force et seront capables de nous dominer », a-t-il déclaré aux Chilien·nes, « mais les processus sociaux ne peuvent être arrêtés ni par le crime ni par la force. L’histoire est la nôtre, et ce sont les peuples qui font l’histoire. »

Il a refusé de démissionner. Alors que sa dernière allocution touchait à sa fin, il a évoqué l’avenir. « Tôt ou tard, les grandes avenues s’ouvriront à nouveau, où des hommes libres marcheront pour construire une société meilleure. »

Dernières nouvelles du mouvement

Le trafic d’armes de United Airlines dévoilé au grand jour

Une nouvelle enquête menée par le Mouvement de la jeunesse palestinienne et les Socialistes démocrates d’Amérique, membres de l'Internationale Progressiste, a permis de retracer 2 761 cargaisons militaires à destination d’Israël à bord de 160 vols passagers de United Airlines entre juillet 2025 et février 2026. Sur un échantillon de 546 envois, les chercheur·es ont identifié des pièces destinées à des chars, des avions de chasse F-35 et d’autres appareils militaires. Cette enquête a été rendue publique alors même que United reprenait cette pratique : le vol UA90 reliant Newark à Tel-Aviv était prévu le 9 septembre pour transporter cinq cargaisons militaires à destination des installations d’Elbit Systems.

Les salarié·es de Rockstar poursuivent l’entreprise pour répression syndicale

Trente et un·e salarié·es travaillant au développement de Grand Theft Auto VI et ayant été licencié·es ont traîné Rockstar Games devant le tribunal du travail de Glasgow le 10 septembre, dans le cadre d’une affaire portée devant la justice par l’IWGB, membre de l’Internationale Progressiste. Le syndicat accuse Rockstar d’avoir mis ces salarié·es sur liste noire et de les avoir licencié·es en raison de leur activité syndicale, sans audience disciplinaire ni droit de recours. Des sympathisant·es se sont rassemblé·es devant le tribunal sous des banderoles proclamant « Game over pour la répression syndicale ». L’affaire se poursuivra en octobre, tandis que l’IWGB cherche par ailleurs à obtenir la reconnaissance officielle du syndicat chez Rockstar, ce qui ferait de ce studio le plus grand studio de jeux vidéo syndiqué et reconnu de Grande-Bretagne.

Le Brésil transforme le jour de l’indépendance en une journée de lutte

Le 7 septembre, la CUT, membre de l’Internationale Progressiste, s’est jointe aux mouvements à travers le Brésil pour la 32e édition du « Grito dos Excluídos e Excluídas », transformant le jour officiel de l’indépendance du pays en mobilisations pour la terre, le logement, la paix et la souveraineté. Sous le slogan « Des femmes vivantes et la souveraineté », les manifestations ont également placé la violence à l’égard des femmes au cœur de la mobilisation de cette année. Environ 2 000 personnes ont défilé depuis la Praça da Sé à São Paulo, tandis que des milliers d’autres se sont mobilisées à Porto Alegre et que des actions ont eu lieu dans des dizaines de villes à travers le pays.

Les habitant·es des bidonvilles sud-africains empêchent une nouvelle expulsion

Abahlali baseMjondolo, membre de l’Internationale Progressiste, a obtenu une nouvelle décision de justice protégeant les habitant·es de Shaka’s Head, dans le KwaZulu-Natal, contre l’expulsion. Le 11 septembre, la Haute Cour de Pietermaritzburg a ordonné à la municipalité de KwaDukuza de se conformer à un jugement antérieur avant de procéder au déplacement des habitant·es. Ce jugement stipulait que le site de relogement devait être doté de routes, d’un réseau d’eau, d’assainissement, d’un service de collecte des déchets et d’électricité, et offrir un accès aux écoles, aux soins de santé et aux transports publics. D’ici là, les habitant·es restent sur place. « C’est sans aucun doute une nouvelle victoire », a déclaré Abahlali, après que ses membres se sont rassemblé·es devant le tribunal.

Les « Sumud Four » mettent leur vie en jeu

Les quatre organisateurs emprisonnés de la flottille mondiale Sumud mènent désormais une grève de la faim en Tunisie après qu’un tribunal a prolongé leur détention provisoire de quatre mois supplémentaires le 11 septembre. Wael Naouar a commencé à refuser de s’alimenter le 16 août ; Ghassan El Henchiri, Ghassan El Boughdiri et Nabil Channoufi l’ont désormais rejoint, exigeant leur libération après six mois passés derrière les barreaux dans le cadre d’une enquête financière liée à l’organisation de la flottille pour Gaza

Les salarié·es d’Halliburton se préparent à faire grève

La Federação Única dos Petroleiros, membre de l’Internationale Progressiste, et quatre syndicats de travailleur·euses du pétrole affiliés au Brésil ont convoqué une assemblée nationale des salarié·es d’Halliburton afin de voter sur une grève. Leur convention collective a expiré en avril et les salarié·es ont rejeté la dernière offre du géant américain il y a plus de deux mois. La FUP affirme que Halliburton n’a depuis lors présenté aucune nouvelle proposition ni répondu aux demandes syndicales de reprise des négociations. Les salarié·es voteront le 30 septembre sur l’intensification du conflit.

Notre histoire

9 septembre 1936 – Non-intervention

Le 9 septembre 1936, les représentant·es de 26 nations se sont réuni·es à Londres pour la première réunion du Comité international de surveillance sur la non-intervention, s’engageant à s’abstenir « de toute ingérence, directe ou indirecte, dans les affaires intérieures de l’Espagne ». Dans la pratique, ce pacte a servi de prétexte au refus de la Grande-Bretagne d’aider le gouvernement du Front populaire, démocratiquement élu en Espagne, à faire face au coup d’État de Franco.

Là où les rebelles furent vaincu·es, une révolution sociale éclata : Barcelone devint, comme l’écrivit George Orwell, « une ville où les classes aisées avaient pratiquement cessé d’exister ». Londres prit peur. Le Premier ministre Stanley Baldwin insista sur le fait que « en aucun cas la Grande-Bretagne ne devait être entraînée dans le conflit aux côtés de la République », tandis que l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste violaient à plusieurs reprises le pacte pour fournir à Franco des troupes, des avions et des armes. La Grande-Bretagne, quant à elle, imposa un embargo sur les armes à la République et fit obstacle à ses tentatives d’achat d’armes à l’étranger.

Alors que la classe dirigeante s’accommodait de Franco, environ 4 000 volontaires britanniques et irlandais·es rejoignirent les Brigades internationales. En février 1939, la Grande-Bretagne reconnut officiellement le régime de Franco, qui allait bientôt devenir un rempart de l’anticommunisme de la Guerre froide.

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10 septembre 1974 – Libération de la Guinée-Bissau

Le 10 septembre 1974, le peuple de Guinée-Bissau a obtenu son indépendance de la domination coloniale portugaise après une guérilla de 11 ans menée par le PAIGC, fondé par Amílcar Cabral.

La domination portugaise avait laissé le pays appauvri, marqué par le travail forcé, une agriculture axée sur les cultures d’exportation, avec seulement 45 écoles et deux hôpitaux. Le PAIGC a construit la libération au fur et à mesure qu’il se battait pour elle : dans les zones libérées, il a ouvert des écoles, assuré des soins de santé et mis en place de nouvelles institutions politiques. « Le peuple ne se bat pas pour des idées », écrivait Cabral, mais « pour obtenir des avantages matériels, vivre en paix et améliorer ses conditions de vie ».

La lutte était internationaliste, liant le PAIGC au FRELIMO au Mozambique, au MPLA en Angola et à la Cuba révolutionnaire, tout en restant ancrée dans les réalités locales : la libération nationale et la révolution sociale, insistait Cabral, « ne sont pas destinées à l’exportation ». Au milieu des années 1960, le PAIGC contrôlait une grande partie du pays. Cabral fut assassiné en 1973, mais l’indépendance fut proclamée plus tard dans l’année ; les guerres coloniales contribuèrent à alimenter la Révolution des œillets au Portugal en avril 1974, et Lisbonne reconnut officiellement l’indépendance de la Guinée-Bissau en septembre de la même année.

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12 septembre 1924 – Naissance d’Amílcar Cabral

Amílcar Cabral est né le 12 septembre 1924. Agronome, socialiste et panafricaniste, il allait mener la lutte contre le colonialisme portugais en Guinée-Bissau et au Cap-Vert et devenir l’un des grands théoriciens de la libération nationale. Après avoir étudié à Lisbonne aux côtés de futurs révolutionnaires, dont Agostinho Neto, Cabral est retourné en Guinée et a parcouru des dizaines de milliers de kilomètres pour mener une enquête agricole qui a mis en lumière la destruction environnementale et sociale causée par le régime colonial. En 1956, il a contribué à la fondation du PAIGC, qui a lancé une lutte de libération armée en 1963 et, en l’espace d’une décennie, a pris le contrôle d’une grande partie des zones rurales. Dans les zones libérées, la révolution a mis en place des écoles, des services de santé et de nouvelles institutions du pouvoir populaire. Cabral a été assassiné en janvier 1973, à deux doigts de l’indépendance pour laquelle il s’était battu.

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18 septembre 1982 – Massacre de Sabra et Chatila

Entre le 16 et le 18 septembre 1982, les milices phalangistes libanaises ont massacré des civil·es palestinien·nes et libanais·es dans les camps de Sabra et Chatila à Beyrouth, à la suite de l’invasion du Liban par Israël. Quelques semaines plus tôt, l’OLP avait évacué la ville après que les États-Unis eurent garanti la sécurité des civil·es palestinien·nes resté·es sur place. Les forces israéliennes sont néanmoins entrées dans Beyrouth-Ouest et, sous les ordres du ministre de la Défense Ariel Sharon, ont envoyé les phalangistes dans les camps tout en encerclant la zone et en l’éclairant à l’aide de fusées éclairantes. Le massacre s’est poursuivi pendant près de deux jours. La commission Kahan mise en place par Israël a par la suite jugé Sharon personnellement responsable d’avoir ignoré le danger d’un « bain de sang et de représailles » et a recommandé sa destitution du poste de ministre de la Défense. En décembre 1982, l’Assemblée générale des Nations unies a condamné le massacre et a déclaré qu’il constituait « un acte de génocide ».

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Art de la semaine

À l’occasion de l’anniversaire du 11 septembre 1973, nous rendons hommage à Salvador Allende et au projet de l’Unité populaire : un mouvement démocratique en faveur du socialisme anéanti par l’intervention impérialiste.

Pour marquer cette journée de deuil et de mémoire militante, l’Internationale Progressiste a lancé une collection commémorative en édition limitée composée d’une affiche et d’autocollants.

L’intégralité des recettes servira à soutenir nos campagnes internationalistes, notamment celles qui s’opposent à la doctrine Monroe, qui connaît un regain d’actualité en Amérique latine. Vous pouvez acheter l’affiche ici.

Available in
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Date
21.09.2026
Progressive
International
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