Environment

Défense de l’environnement et lutte pour les droits humains

L’accaparement des terres aux Philippines ainsi que la militarisation du pays entraînent la violation des droits des pêcheurs, des peuples autochtones et des paysans locaux.
À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme, des groupes de défense de l’environnement et des droits humains aux Philippines ont manifesté contre les projets de réhabilitation des terres, leur accaparement par les entreprises ainsi que la militarisation accrue du pays, qu’ils considèrent comme des facteurs responsables du déplacement des pêcheurs et des attaques menées contre les communautés autochtones.

MANILLE – Les Philippines restent l’un des pays les plus dangereux au monde pour les défenseurs de l’environnement.

Le 10 décembre 2025, des groupes environnementaux progressistes, des pêcheurs, des paysans ainsi que des peuples autochtones se sont joints à la commémoration de la Journée internationale des droits de l’homme qui s’est tenue à Liwasang Bonifacio. Ils ont défilé aux côtés d’autres groupes jusqu’à Mendiola, afin de dénoncer les violations persistantes des droits humains dont sont victimes les défenseurs de l’environnement et les militants.

Ces groupes ont souligné le lien intrinsèque qui existe entre les problèmes environnementaux et les violations des droits humains.

À titre d’exemple, les projets de réhabilitation, entrepris pour faire place à des infrastructures censées contribuer au développement de ces régions, engendrent le déplacement des communautés de pêcheurs en raison du défrichement de leurs terres. Malgré cette réalité, Aron Escarial, pêcheur de Navotas et membre du mouvement Pambansang Lakas ng Kilusang Mamamalakaya ng Pilipinas (Pamalakaya-Pilipinas, « Force nationale du mouvement des pêcheurs philippins »), refuse d’abandonner la lutte de sa communauté contre les projets de réhabilitation menés par la San Miguel Corporation (SMC). Son groupe a déposé le mois dernier une requête auprès de la Cour d’appel, exigeant une indemnisation au titre des dommages causés par ces projets ainsi que l’autorisation de rétablir la culture des moules sur les terres concernées.

« Les gouvernements locaux et nationaux soutiennent les grands capitalistes comme Ramon Ang (président de SMC). Ils devraient plutôt soutenir les secteurs marginalisés… Les droits supposés de tous les acteurs, y compris les pêcheurs, les paysans et les travailleurs, sont bafoués à cause des systèmes corrompus du gouvernement », a-t-il dénoncé.

Escarial a déclaré que les fermes mytilicoles de Navotas sont désormais « abandonnées ». Certains membres de la communauté sont retournés dans leurs provinces, tandis que d’autres ont accepté des emplois à temps partiel afin de joindre les deux bouts. Il a également signalé des intimidations de la part de militaires, ce qui constitue selon lui une violation de leur droit de réunion.

Par ailleurs, les peuples autochtones ainsi que les militants des droits humains sont les principales victimes du harcèlement étatique, qui va du « red-tagging » (étiquetage rouge) aux disparitions forcées. Pendant la mobilisation, des groupes autochtones ont brandi des pancartes exigeant le retour de Dexter Capuyan et de Gene Roz Jamil « Bazoo » de Jesus, deux militants autochtones disparus depuis avril 2023. Ils ont également réitéré leurs appels à abandonner les accusations fabriquées de toutes pièces contre les agriculteurs Dumagat Rocky Torres et Dandoy Avellaneda, illégalement arrêtés et détenus par l’armée. Ces derniers ont été accusés de faire partie de la Nouvelle armée populaire (NPA).

Le président de la section Kabataan para sa Tribung Pilipino de l’Université polytechnique des Philippines (KATRIBU-PUP, « Jeunesse pour les tribus philippines »), Nico Marco, a souligné l’importance de la terre chez les peuples autochtones. En effet, leurs terres ancestrales étant riches en ressources naturelles, la militarisation extrême est principalement motivée par la cupidité des entreprises. « C’est ainsi que l’environnement est lié aux droits humains. Le pillage de ces terres se poursuit. Les entreprises pénètrent sur leurs terres grâce à l’intervention militaire, ce qui entraîne par la même occasion la destruction de l’environnement. Cette même oppression militaire prive les peuples autochtones de leurs droits. »

Il a ajouté que les exercices Balikatan portaient préjudice aux peuples autochtones, aux pêcheurs ainsi qu’aux paysans, car ces derniers détruisent l’environnement par l’usage d’équipements et d’armes militaires.

Angel Lopez, président du Conseil des étudiants en ingénierie de l’Université des Philippines, a dénoncé l’utilisation abusive de la science et de la technologie par l’État. Il considère l’économie orientée vers l’exportation et dépendante des importations comme un facteur déterminant de cette utilisation abusive, conduisant à des violations des droits humains subies par les communautés marginalisées.

« Lorsque vous abordez la question des droits humains, vous la reliez aux réalités quotidiennes que nous vivons dans les villes et en particulier dans les campagnes. Lorsque la science et la technologie sont utilisées sous des prétextes fallacieux de développement, les communautés se retrouvent ainsi déplacées [car] des projets de développement sont entrepris, une réalité qui est également liée aux objectifs de militarisation du pays. Dans ce contexte, notre environnement est compromis par des activités d’extraction, et nous ne pouvons même pas bénéficier de ce qui est extrait », a-t-il confié. Pour lui, la science et la technologie devraient être utilisées pour répondre aux besoins de la communauté, plutôt que pour favoriser des méthodes d’exploitation abusives et axées sur le profit.

Rachelle Junsay, coordinatrice nationale de l’organisation Youth Advocates for Climate Action Philippines (YACAP, « Les jeunes défenseurs de l’action climatique aux Philippines »), a affirmé que la justice climatique était une question de justice sociale et que les personnes les plus touchées par les catastrophes devraient être indemnisées de manière équitable par ceux qui alimentent la crise climatique. « De nombreux défenseurs de l’environnement, peuples autochtones, pêcheurs et paysans sont tués, arrêtés ou déplacés. Cette situation démontre la négligence grave et le harcèlement dont fait preuve l’État envers ses défenseurs de l’environnement. »

Les 16 et 17 octobre derniers, le groupe People’s Rising for Climate Justice (PRCJ, « Le soulèvement populaire pour la justice climatique ») a dénoncé des faits de surveillance militaire persistante, de harcèlement et de destruction de l’environnement dans le cadre de ses missions de solidarité internationale (ISM) menées dans les provinces de Rizal, Negros Occidental, Leyte et d’Occidental Mindoro. Pour Rachelle Junsay, la militarisation révélée dans le cadre de ces missions démontre une volonté étatique d’empêcher les populations de s’organiser contre ces mesures fascistes. « Il est plus facile pour l’armée de réprimer les communautés rurales… C’est pourquoi il est important pour nous de joindre nos efforts [aux défenseurs de l’environnement] dans cette lutte contre la présence militaire, afin que leur mobilisation libère non seulement leurs communautés, mais également la planète. » (AMU, DAA)

Available in
EnglishSpanishPortuguese (Brazil)FrenchArabicItalian (Standard)
Author
Viggo Sarmago
Translator
Ghassen Alakji
Date
16.01.2026
Source
BulatlatOriginal article🔗
Progressive
International
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