Au village Minzhu, une petite collectivité du district Jiulongpo de la vaste métropole Chongqing, une transformation remarquable s’est produite. Autrefois un labyrinthe de bâtiments délabrés et d'étroites rues pleines de boues, Minzhu est aujourd'hui une collectivité moderne avec des murs en briques rouges resplendissants, des routes aménagées et des services publics dynamiques. On y trouve un marché fermier durable, construit avec des matériaux recyclés, une cantine publique offrant des repas gratuits pour les personnes âgées, des parcs de fitness, des scènes de spectacle pour des performances publiques, des cafés modernes à un prix abordable et un bar à bières artisanales aménagé dans des conteneurs. En face de la cantine de trois étages, située sur la grande place, le Parti communiste chinois (PCC) occupe un bureau public à l'apparence soignée où chaque habitant·e peut venir demander l'aide des cadres du Parti, que ce soit pour repeindre leur domicile ou bien résoudre une dispute entre voisins. Il y a à peine quelques années, des eaux usées se déversaient dans un canal tout le long de la rue principale. Les enfants et retraité·e·s trempent aujourd'hui leurs pieds dans le ruisseau qui l'a remplacé.
Minzhu accueillait autrefois l'une des plus grandes entreprises chinoises : l'usine Chongqing Machine Tool détenue par l'État (国营建设机床厂). L'histoire de l'usine remonte à l'arsenal de Hanyang (汉阳兵工厂), une grande fabrique d'armes durant la dynastie Qing. Durant la Seconde Guerre sino-japonaise, l'arsenal de Hanyang a déménagé dans le district Jiulongpo et officiellement renommé en 1957 la « Machine Tool Factory ». Cette usine devint l'une des plus grandes entreprises militaires de Chine, en fabriquant des fusils semi-automatiques et des mitraillettes. À son pic, l'usine employait 20 000 travailleurs et Minzhu fut construit pour les loger. Construit dans le style des appartements soviétiques et avec des briques rouge-orange, le Village est devenu le symbole d'une période de rapide industrialisation et de changements traversant le pays à toute vitesse.
En 2009, la Machine Tool Factory a été relocalisée dans la zone industrielle de Huaxi dans le district Banan dans le cadre d'une nouvelle politique de renouvellement urbain. Érodé et décrépit, le village Minzhu commençait à dépérir. Ses infrastructures se désagrégeaient, sa population diminuait et vieillissait. Les autorités envisageaient de démolir le village et d'en relocaliser les habitant·e·s, mais la population s'est attachée à ce territoire depuis plusieurs générations, devenant aussi dans le même temps un lieu d'importance historique pour le pays. En lieu et place d'une démolition, un projet de revitalisation global a été mis en place sur le village. Ce modèle est devenu une référence nationale et a fourni un exemple saisissant de dispositifs participatifs durant le développement de la Chine. Après le lancement d'un programme pilote de renouvellement urbain en 2021, le PCC a organisé des centaines de « réunions de quartier » dans le village Minzhu : des assemblées communautaires sur la place publique où les habitant·e·s ont pu exprimer leurs doléances, et partager des idées quant au renouvellement urbain du quartier. La boîte à lettres n°1 (une boîte à lettres créée en 1953 pour communiquer avec les employés de la Machine Tool Factory) a été numérisée et transformée en un programme officiel ayant recueilli des milliers de suggestions venant d'habitant·e·s. Un office a aussi été mis en place pour faciliter à tous les niveaux ces enquêtes auprès du public, renforçant encore le rôle de la boîte à lettres.
Aujourd'hui, certaines parties du village Minzhu tendent à rappeler les quartiers branchés de Londres ou de Berlin, mais cette refonte du quartier s'est déroulée différemment de celles faites dans les métropoles occidentales. Bien que ce type de projet induise généralement des changements qualitatifs associés à la gentrification dans la plupart des grandes villes, la population locale de travailleurs de Minzhu n'a ici pas été déplacée. Au lieu de cela, la vie des locaux s'est améliorée, se rapprochant presque des standards de la classe moyenne, pour échapper de la pauvreté et atterrir dans ce que la PCC appelle la « prospérité modérée » : un niveau de développement qui répond à chaque besoin essentiel et avec un standard de vie confortable accessible à tous. L’ensemble du projet visait à répondre aux exprimés par les locaux avant, pendant et après le projet de renouvellement urbain. Le marché fermier a été modernisé, le ruisseau nettoyé, la cantine construite et de nouvelles institutions ainsi que des infrastructures pour les loisirs, le sport et pour revigorer la vie en communauté ont été construites autour du village.1
Ce processus à base de larges consultations populaires pour changer la vie des classes laborieuses est la pierre angulaire de la notion chinoise de « processus de démocratie populaire intégral ». C'est le reflet d'une méthodologie révolutionnaire qui cherche sans cesse à développer une « ligne de masse » en interprétant, en systématisant et en mettant en place les idées du peuple. Ce processus peut être difficile. Xiong Jie et Tings Chak ont tous deux décrit en détail son fonctionnement durant la restauration du lac Erhai, qui a demandé des échanges prolongés entre les fonctionnaires du parti et les habitant·e·s pour éviter les conflits, atteindre un compromis et avoir des solutions concrètes qui jouissent d'un soutien populaire.2
Cette approche remet en question l’idée largement répandue en Occident selon laquelle le gouvernement chinois manque de démocratie et de légitimité populaire, cela suggère même l'inverse, que le processus démocratique chinois se veut à bien des égards plus réactif et plus participatif que les modèles de démocraties libérales en Europe de l'Ouest. En effet, des données collectées dans plusieurs études sur cette même question (la plupart entreprises par des institutions libérales occidentales) montrent que le gouvernement chinois jouit non seulement d'une importante popularité à tous les niveaux, mais aussi que plus de gens en Chine pensent que leur système politique est démocratique, équitable et au service du peuple plus que nulle part ailleurs dans le monde.
Cet article présente un aperçu du modèle démocratique chinois. Tout d'abord, nous analysons la nature même d'une démocratie socialiste en contraste avec la démocratie libérale. Deuxièmement, nous aborderons les caractéristiques du « processus de démocratie populaire intégral » en Chine avant de le contraster avec les modèles de démocraties qui dominent en Occident. Troisièmement, nous aborderons les données sur la popularité du système et la perception du public quant à la démocratie en Chine.
Pour beaucoup en Occident, la démocratie nécessite l'existence de multiples partis ayant chacun une vision différente de l'avenir de la société et de laisser s'exprimer différentes opinions. En partant de ce principe, l'État est un arbitre neutre et le principe d'« une personne, un vote » garantit l'égalité dans la participation démocratique.
C'est un idéal louable, mais qui occulte le rôle que joue la domination de classe. Dans un tel système, il est très facile pour la classe dominante (la classe qui possède le plus de ressources financières et de pouvoir d'organisation) de dicter la politique pour ses propres intérêts, capturer l'État et faire taire toute opposition démocratique. En effet, c'est précisément ce qui arrive sous le capitalisme. Le résultat est un État qui devient un instrument au service de la classe capitaliste. Son organisation institutionnelle et ses mœurs politiques servent à sécuriser de plus en plus la domination d'une classe sur une autre. « L'ordre » et la « stabilité » limitent les conflits entre les classes pour préserver le pouvoir du capital et éviter l'émergence d'un système politique qui servirait les classes laborieuses. 3 En pratique, les démocraties libérales facilitent la mise en place et le fonctionnement de la dictature de la bourgeoisie.
« La démocratie socialiste doit... être vue comme un processus historique, multigénérationnel et dialectique où les conditions qui permettent à de plus en plus de couches de la société d'avoir un rôle actif dans sa gouvernance sont créées, cultivées et défendues. »
Les nations occidentales sont systématiquement décrites comme des démocraties, mais l'exercice de la démocratie y est en réalité sévèrement restreint. Aux États-Unis par exemple, le pouvoir s'alterne en deux partis de l'establishment, chacun étant explicitement procapitalistes et défend fièrement les intérêts de la classe capitaliste. Les autres partis (y compris les partis socialistes) sont de fait exclus du processus politique national ; ils font face à de sérieux obstacles pour accéder aux listes électorales et pour s'assurer d'avoir assez de temps d'antenne durant les débats politiques officiels. Qui plus est, les élites et les grandes sociétés peuvent investir une quantité infinie d'argent dans des campagnes politiques pour promouvoir et installer des candidats qui adopteront une politique les servant aux mieux. Un phénomène qui ne peut être décrit que comme de la corruption politique institutionnalisée. Dans ces conditions, la démocratie n'a pas de sens.
Une étude publiée par la Cambridge University Press en 2014 a constaté que les mesures politiques prises sont généralement en accord avec les préférences des élites et des lobbies patronaux, quand bien même cela va à l'encontre des préférences de la majorité.4 Autrement dit, les États-Unis correspondent plus à une oligarchie qu'à une démocratie. Cette réalité se retrouve dans les sondages d'opinion. Les données collectées par le Democracy Perception Index montre que seulement 54 pour cent des Américains pensent que leur pays est démocratique et seulement 42 pour cent affirment que leur gouvernement est au service de la majorité des gens.5 Ces chiffres sont très parlant pour un pays qui se prétend être un bastion de la « démocratie ».
Même chez les pays qui possèdent un robuste système pluraliste et limitent l'argent investi dans les campagnes électorales, il y a des restrictions sévères quant au processus démocratique. Par exemple, dans le cas où les médias dominants sont possédés par des firmes capitalistes ou directement contrôlées par des milliardaires et des oligarques, il est presque impossible pour des mouvements politiques populaires d'avoir un temps de parole équitable. Comme on l'a vu au Royaume-Uni avec l'élection de 2017, les grands médias ont fait bloc en coordonnant une campagne de désinformation qui a diabolisé la gauche socialiste et l’a coupée du pouvoir.
Plus important encore, la démocratie dans un système capitaliste est reléguée à une participation périodique et très ritualisée dans la sphère politique, mais la sphère économique est entièrement mise de côté, bien que cette dernière affecte nos vies de tous les jours et dicte la forme et la direction que prend notre civilisation. Quand le capital contrôle la production, produire et investir n'a pas pour but de répondre aux besoins des gens ou permettre des avancées sociales ou atteindre des objectifs approuvés démocratiquement ; le but est d'accumuler et maximiser le profit. Les décisions concernant l’emploi de notre main-d’œuvre et l’utilisation des moyens de production sont prises dans l’intérêt étroit de la classe capitaliste. Les travailleurs (ceux qui produisent) sont rarement entendus. Ce type d'organisation est profondément antidémocratique. En effet, il est raisonnable d'affirmer que peu importe le type d'organisation politique d’une société, si les gens n'ont aucun contrôle sur leurs modes de production et sur comment est investi la plus-value qu'il·elle·s génèrent, on ne peut appeler cela une démocratie. Ce type d'organisation explique les effets pervers observés dans les économies capitalistes où, malgré les hauts niveaux de production globalement, il y a des pénuries de biens essentiels tels que les logements à prix abordable, de la nourriture saine et des transports en commun.
Du point de vue du capital, la démocratie est dangereuse et doit être contenue le plus possible. En effet, historiquement parlant, le capitalisme n'a fait de concessions pour les classes laborieuses que sous la pression de mouvements sociaux et à la suite de bouleversements majeurs à l'international. L'essor des partis politiques démocratiques en Europe au début du XXe siècle découle d'une période prolongée d'activisme ouvrier, qui a obtenu des concessions des classes capitalistes pour qui repousser au lendemain les élans révolutionnaires était la priorité. En Occident, les premières mesures politiques axées sur le social découlent de la peur d'autres révolutions inspirées par celles d'octobre 1917 et de l'incorporation des partis communistes d'Europe de l’Ouest à l'international communiste.6
Dans la seconde moitié du XXe siècle, un robuste consensus sociodémocrate émerge des cendres de la Seconde Guerre mondiale, reflétant la confrontation systémique avec l'Union soviétique, laquelle avait acquis un prestige immense en triomphant du fascisme européen et en réalisant des avancées historiques en industrialisation et en développement social. Ce fut une vraie victoire pour les classes laborieuses occidentales, même s'il reste important de noter que ces concessions ne furent possibles que, car les capitalistes savaient qu'il·elle·s pourraient préserver les bonnes conditions pour l'accumulation en se rabattant sur l’appropriation des surplus de la périphérie. La social-démocratie des noyaux impériaux a toujours reposé sur un système impérialiste.
Aujourd'hui, ces économies ont du mal à atteindre un niveau de croissance et d'accumulation qui avait caractérisé les décennies précédentes, à cause en grande partie des mouvements d'émancipation économique dans la périphérie. En réponse, les gouvernements occidentaux démantèlent leurs propres structures sociodémocrates et partent dans une escalade de violence impériale à l'étranger. Ce qui montre que les ententes passées entre le capitalisme et les classes laborieuses n'étaient possibles que si l'accumulation de capital l'était aussi.
Les socialistes connaissent depuis bien longtemps ces phénomènes. Il·elle·s ont compris qu'un système politique ouvert à des médias privés ne peut, dans un contexte de fortes inégalités de classes, apporter la vraie démocratie. C'est particulièrement vrai pour la périphérie, où les puissances impérialistes sont aptes à interférer avec les élections et autres processus politiques pour écraser les mouvements de libération et appuyer des élites compradores.
Les partis politiques (tout comme l'État) ne peuvent être compris indépendamment des rapports de classe. Des parties émergent, récoltent des soutiens, servent de représentant d'intérêts de classe et reflètent l'équilibre des pouvoirs toujours changeant entre les classes. Sans parti créé à leur image, les classes laborieuses se voient forcées à s'aligner politiquement avec un point de vue qui leur est étranger : celui de la classe dominante. L'existence de plusieurs partis en compétition réduit les horizons politiques des travailleurs en les divisant sur des problèmes secondaires qui font oublier cette contradiction de classe fondamentale qui structure la société et leurs vies. Cela crée parmi les classes laborieuses des contradictions antagonistes qui ne l'étaient pas auparavant, 7 en divisant par exemple les travailleurs sur la question de l'immigration, plutôt que de s'en servir pour les unifier et s'émanciper.
Plusieurs alternatives socialistes ont été proposées. Par exemple, après avoir retiré le contrôle des moyens de production et de l'État aux capitalistes, il serait possible d’établir un système multipartite où chaque parti respecterait des principes socialistes fondamentaux, ce qui constituerait le socialisme démocratique multipartite. Cependant, cette approche reste vulnérable à des ingérences impérialistes qui pourraient soutenir certains partis pour déstabiliser un pays ou renverser son gouvernement. Une autre voie, adoptée par la Chine, consiste en un gouvernement dominé par un seul Parti communiste, dont l’adhésion de masse représente le peuple dans son ensemble. Ce parti est enraciné de manière organique dans les localités grâce à un engagement et des consultations rigoureuses, et dispose d’une organisation interne démocratique fondée sur le centralisme démocratique.
Au-delà des mesures et procédures politiques, l'objectif d'une démocratie socialiste est aussi d'étendre le principe de démocratie dans le système de production. Où investir ? Que produire ? Qui bénéficiera des rendements de la production ? Toutes ces décisions devraient être décidées par le peuple et en alignement avec les intérêts des classes laborieuses.
La représentation des masses dans le processus politique et économique ouvre la porte pour à un éventail beaucoup plus vaste de critiques possibles envers l'État. Là où les démocraties occidentales se contentent de droits et de libertés politiques sur le papier (des droits et libertés qui sont eux-mêmes restreints dès lors qu'ils menacent la domination de classe et le capitalisme étatique), les démocraties socialistes veulent cela en plus des droits économiques et sociaux des masses. C'est précisément parce qu'une libération concrète ne peut être atteinte dans des conditions de privation économique. Quelqu'un peut-il se revendiquer libre s'il a faim, soif ou s'il est sans-abri ? La liberté n'est pas qu'une simple promesse rhétorique. Elle doit apparaître aux côtés de la résolution de certains besoins matériaux et sous certaines conditions historiques. Elle nécessite un développement stable et un État capable d'utiliser ce développement pour répondre à des besoins sociaux. Comme l'ont écrit Karl Marx et Friedrich Engels dans L'Idéologie allemande : « généralement, on ne peut libérer les personnes tant qu’elles ne sont pas en état de se procurer complètement nourriture et boisson, logement et vêtements en qualité et en quantité parfaites. La “libération” est un fait historique et non un fait intellectuel, et elle est provoquée par des conditions historiques ». 8
Chaque peuple subit différemment l'oppression et la privation en fonction de sa géographie locale, son économie, son histoire et sa culture. Il n'existe pas une approche universelle pour faire progresser les droits politiques, économiques et sociaux. C'est pour cela que le socialisme requiert la participation intense des masses dans le processus de développement. En l’absence de vigoureuses discussions, la démocratie ne peut rien produire de plus qu’un acquiescement silencieux à des politiques et des solutions très généralistes. Elle est un objectif indispensable du socialisme, bien que tous les socialismes existants ne l’aient pas tous atteint dans la même mesure.
Quant à l’organisation des cadres du Parti, Mao Zedong appuyait le fait que « Personne dans une position de leader n’est qualifié pour donner des ordres à toutes les unités à moins qu’il n’ait une expérience concrète apprise auprès d’individus et d’événements spécifiques... » 9 En d’autres termes, il est nécessaire d’avoir un lien organique entre les mécanismes du Pari et l’expérience concrète des gens ordinaires. Afin de représenter l’intérêt de la vaste majorité, le Parti communiste doit mettre en place les conditions pour la participation des masses dans la gouvernance de l’État. Sans cela, l’attache reliant le peuple au processus de construction du socialisme se perd et la direction que prend l’État est tronquée par l’inertie bureaucratique et par d’autres intérêts particuliers.
Il serait cependant idéaliste de demander qu’un processus révolutionnaire produise immédiatement un système de participation universel, comme l’insistent bon nombre de marxistes en Occident. Les transformations sociales peuvent être des chemins longs et tortueux. Le fardeau de l’héritage historique (reflété dans les inégalités en matière d’éducation, de ressources, de capacités de production et de stabilité institutionnelle) demande une approche systématique. Les attitudes et les normes culturelles qui demeurent de l’ancien système (des patterns d’exploitation et de domination) ne peuvent être surmontées en un seul claquement de doigts. Certaines des premières élections en Chine voyaient des paysans voter en mettant une pierre dans le bol de leur candidat préféré ; les paysans étaient analphabètes.
Chaque pays socialiste a fait face à des problèmes bien propres à eux, notamment des sièges par d’autres armées, des guerres économiques via des sanctions ou des blocus et des guerres culturelles et informationnelles menées par l’impérialisme. Dans ce contexte, les États révolutionnaires peuvent définir comme priorité la défense nationale et le développement industriel pour se prémunir de la perte de ses structures de reproduction sociale aux mains du mode d’accumulation impérialiste destructeur et chaotique. La démocratie, en tant qu’expression de la souveraineté populaire à l’intérieur de l’État, ne peut être examinée sans prendre en compte les dispositifs matériels la protégeant ou dissociée des conspirations de l’impérialisme à son encontre.
La démocratie socialiste doit, à cet effet, être vue comme un processus historique, multigénérationnel et dialectique où les conditions qui permettent à de plus en plus de couches de la société d’avoir un rôle actif dans sa gouvernance sont créées, cultivées et défendues. La Chine a plus progressé en la matière que la majorité des sociétés dans l’histoire moderne. Des premières expérimentations de la taille d’un village jusqu’à la construction d’un processus à l’échelle nationale pour 1,4 milliard de personnes appartenant à 56 groupes ethniques d’un pays qui s’étend sur plus de neuf millions de kilomètres carrés, ce processus a pris le nom de « processus de démocratie populaire intégral » : un exercice de gouvernance démocratique construite sur plus d’un siècle d’expérience en matière d’organisation.
Le concept de « processus de démocratie populaire intégral » a été articulé en premier par le président Xi Jinping dans un discours en 2014 à une conférence qui marquait le 65e anniversaire de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC). 10 Xi appuyait sur l’aspect « consultatif » qui a longtemps été présent dans la démocratie socialiste de Chine. « Mettre en pratique la démocratie citoyenne et s’assurer que les citoyen·ne·s sont les maîtres du pays » expliqua-t-il « requiert de nous le lancement d’un large éventail de consultations auprès de l’ensemble de la société pendant tout en continuant à gouverner le pays. » 11
Pour comprendre le rôle de la consultation dans les processus révolutionnaires chinois, il est nécessaire de revenir brièvement sur l’histoire du développement du PCC. Dès les années 1930, à l’époque de la République soviétique chinoise du Jiangxi, le Parti a expérimenté avec plusieurs stratégies pour incorporer les masses (qui pendant des siècles étaient opprimées sans jamais pouvoir s’organiser suffisamment pour démanteler les structures les accablant) dans la vie politique active. L’avis général était que c’était le seul moyen de construire la révolution. Il aurait été impossible de surmonter les « trois montagnes » que sont l’impérialisme, le féodalisme et le capitalisme sans organiser la majorité de la société contre ses oppresseurs. De cette prémisse a émergé le concept de « ligne de masse » et une démarche d’étude des opinions des masses, comment les coordonner et les systématiser pour ensuite revenir vers les masses où on elles seront adoptées en tant qu’analyse populaire dont la justesse pourra être testé au travers d’actions collectives. Cet exercice est répété, encore et encore, dans une démarche continue qui identifie et résout les contradictions qui traversent la société. « Dans toute activité pratique de notre Parti, » écrit Mao Zedong, « une direction juste doit se fonder sur le principe suivant : partir des masses pour retourner aux masses. » 12
Dans son enquête ethnographique de la transformation révolutionnaire du village de la Grande-Courbe entre 1945 et 1948, William Hinton observe comment ce processus a été appliqué pour radicalement mettre fin à des structures centenaires et des traditions féodales. C’est au travers de consultations que les terres furent redistribuées et que les femmes gagnèrent en droits. C’est au travers de consultations que les propriétés expropriées aux seigneurs féodaux furent redistribuées aux familles qui souvent n’avait qu’une casserole et qu’un seul vêtement de rechange. C’est au travers de consultations que la gestion des parcelles de terre récemment collectivisée fut organisée. À chaque étape, la démarche scientifique d’énonciation collective des défis à affronter, du développement de solutions et du test de ces solutions à l’égard de réalités matérielles a aidé à développer la capacité de gouvernance des masses. « Par conséquent, guidés par le Parti communiste, les paysans sont passés pas à pas d’une connaissance partielle à une connaissance générale, de l’action spontanée à l’action dirigée, de réussites limitées à une réussite globale, » écrit Hinton. « Et au travers de cette démarche, il·elle·s étaient passés du statut de victimes passives de forces naturelles et sociales au statut de bâtisseur d’un Nouveau Monde. » 13
L’ascension au pouvoir du PCC au travers de mobilisations révolutionnaires des masses avec pour but explicite d’améliorer les conditions de vie des paysans et travailleurs a établi la base des relations entre les masses et l’État sur laquelle repose encore le contrat social chinois. Ce processus s’est développé (au travers d’avancées, de reculs, de réussites et d’échecs) dans les décennies suivant la révolution. Aujourd’hui, le PCC a grandi pour accueillir 100 millions de membres et 75 millions de membres chez la Ligue de la jeunesse. De fait, chaque famille a au moins l’un de ses membres dans le Parti, ce qui assure non seulement une large diversité de statut social et d’opinions politiques qui sont représenté dans le Parti, mais qui sert aussi de canal au PCC pour comprendre les besoins et aspirations de chaque segment de la société chinoise. En interne, le PCC fonctionne via un modèle de centralisme démocratique, qui constitue le principe fondamental de l’organisation et du système de leadership du Parti. Sous ce modèle, les débats animés sont encouragés à tous les niveaux en interne pour mettre en commun la sagesse collective des membres du Parti. Puis, les membres du PCC s’engagent à respecter ces décisions prises en commun, s’assurant ainsi que les efforts du Parti convergent vers des objectifs communs.
Il convient de souligner que le PCC ne peut être vu avec le même regard qu’un parti politique dans une démocratie libérale. Ce n’est pas un instrument de la compétition politique. Au lieu de cela, c’est à la fois un véhicule pour la participation à la gouvernance des masses et une garantie du système politique dans son entièreté. De fait, la Chine n’a pas un parti unique. Elle a neuf partis officiels : le PCC et huit partis démocratiques. Ce système a été hérité de l’histoire du pays. Au début du XXe siècle, la Chine expérimenta avec une démocratie libérale pluraliste. Le résultat fut tout sauf démocratique. Plus de 300 partis furent formés dans le pays et entre 1912 et 1928, ce système connut 10 chefs d’État différents, 45 cabinets et 59 Premiers ministres : 16 années de chaos politique. La période de la dictature à parti unique Kuomintang sous Tchang Kaï-chek échoua aussi, produisant une crise économique et une défaite militaire. Pendant ce temps, de nouveaux partis émergèrent pour contester le pouvoir en place. Construire un nouveau système politique était nécessaire et le PCC hérita de cette mission. Le système qui émergea était concentré sur le développement des relations de coopération plutôt que de compétition entre les différents partis existants, des partis qui serviront d’intermédiaires à différents segments de la société pour participer à la gouvernance : par exemple en conduisant des recherches ou des consultations sur la législation. 14
Cette trajectoire historique reflète une source de légitimité démocratique qui vient non pas de systèmes institutionnels abstraits, mais d’améliorations tangibles des conditions matérielles de la majorité de la population chinoise. Lin Shangli défend l’idée de mettre en place des mesures « soutenues de tout cœur par le peuple » et délivrer « un développement national continu, stable et sain » ; des exploits qui seraient impossibles sans de solides processus consultatifs capables d’identifier et de résoudre des problèmes concrets auxquels fait face la population.15 Xi Jinping (qui a cherché à augmenter le nombre de mécanismes de gouvernance de proximité) a appuyé sur ce point dans ses discours et écrits :
« Le processus de mise en place de délibérations extensives entre chacun est un processus de promotion de la démocratie et de mobilisation de la sagesse populaire, le processus de rencontre des opinions et de construction d’un consensus, le processus de prise de décision scientifique et démocratique ainsi que le processus de maintien du peuple en position de maître du pays. Ce n’est que comme cela que l’on pourra avoir une fondation solide pour la gouvernance sociale et de notre pays ; ce n’est que comme cela que l’on réunira nos forces. » 16
Trois contrastes principaux avec le modèle démocratique libéral occidental peuvent être tirés de tout cela. Premièrement, le concept de démocratie en Occident est resté otage de l’idéalisme. Il est vu comme un système politique abouti qui a atteint sa forme finale, une assertion qui permet l’instrumentalisation de la démocratie libérale contre ceux qui voudraient faire progresser des droits en dehors de ceux déjà inclus dans ce système. En Occident, très peu de discussions tournent autour de l’approfondissement, l’expansion et l’amélioration de la démocratie. À cause de cette absence de fondement scientifique, les universitaires chinois ont désigné le système occidental comme « superstitieux » ou similaire à un « culte ». 17 À l’inverse, le « processus de démocratie populaire intégral » s’appréhende au travers du matérialisme dialectique et historique. C’est un processus en constante croissance qui inévitablement s’approfondit, s’élargit et s’améliore en même temps que de plus en plus de couches de la population sont intégrées au système de gouvernance, dont l’impact se mesure en améliorations matérielles et immatérielles de la vie des gens. « L’exploration de l’humain et l’exercice de la démocratie sont deux choses sans fin » écrivent Cheng Enfu et Chen Jian.18
Dans le cadre de ce processus, la Chine apprend de ses erreurs et défauts. Comme dans tout pays, il y a eu des moments avec une insuffisance de mécanismes de rétroaction et des manquements dans la chaîne des responsabilités des prises de décisions politiques qui ont eu des conséquences délétères, parfois sérieuses, sur le pays et ses habitant·e·s. Cependant, le système actuel chinois incarne une certaine détermination à tirer les leçons de l’histoire et, au travers d’une réflexion et d’un feedback continu, de réajuster sa politique pour surmonter des limitations antérieures.
Deuxièmement, les démocraties libérales occidentales garantissent que peu de gens soient politiquement actifs en dehors de l’urne de vote : un exercice limité et périodique dont le résultat sera déformé et corrompu par les inégalités de pouvoir économique. En revanche, le modèle démocratique chinois cherche à entretenir une large participation des masses dans le processus politique en tout temps et à tous les niveaux, c’est pourquoi l’on parle de « processus intégral ». Cela s’applique à l’isoloir. En 2016 et 2017, plus de 900 millions d’électeur·euse·s ont pris part aux élections d’assemblées populaires pour les cantons et les régions : les deux premiers niveaux de participation du système chinois à cinq niveaux qui représente 90 pour cent de la participation locale. Plus récemment, le nombre de voteur·euse·s a atteint un milliard, dépassant ainsi le nombre de voteur·euse·s en Inde et faisant des élections chinoises les plus larges élections démocratiques dans le monde entier. La participation des masses se doit aussi de dépasser l’isoloir, une idée que Xi Jinping a soulignée dans un discours en octobre 2021 :
« Si le peuple ne se réveille que lors des élections pour ensuite se rendormir ; si le peuple entend de beaux slogans durant l’élection, mais n’a pas son mot à dire ensuite ; si le peuple est sollicité durant la campagne, mais délaissé après les élections, ce n’est pas une vraie démocratie. »
La promesse d’égalité politique incluse dans le concept d’une personne, d’un vote ne s’étend pas en soi aux droits sociaux et économiques compris dans les conceptions socialistes de développement et de démocratie. À l’exception des élections, le « processus de démocratie populaire intégral » garantit donc la participation des masses au travers de consultations, séminaires, meetings, débats, symposium, auditions, conseilles, critiques écrites et d’autres formes de feedbacks populaires de la même manière, quand la Chine développait son Code civil, ont été tenu 10 consultations publiques successives, recevant ainsi plus d’un million de commentaires de la part de 425,000 personnes.19 Lors des consultations en cours pour le 15e plan quinquennal, qui va être implémenté pour la période 2026/2030, le gouvernement chinois a reçu plus de trois millions de suggestions du public, soit trois fois plus que ce qu’il avait reçu à même période pour le 14e plan quinquennal en 2020.20
Ces chiffres ne suffisent pas à rendre compte de l’ampleur du processus, qui comporte une vaste mosaïque de canaux utilisés pour la consultation populaire et recevoir des feedbacks. Similaire à la boîte à lettres du village Minzhu, l’État a mis en place les « lignes d’assistance 12345 » dans tout le pays. Ces lignes téléphoniques qui garantissent une « réponse immédiate après réception d’une plainte » ont pour objectif de répondre aux préoccupations du public et d’être partie intégrante d’un ensemble de canaux communications comprenant des centres d’appels, des boîtes à lettres municipales, des applications mobiles et des groupes sur WeChat (l’application qui « sert à tout » en Chine). De cette manière, tous les niveaux de gouvernements répondent aux interrogations et demandes du public pour traiter des problèmes qui affectent tout le monde. Au niveau législatif, la mise en place de politiques va avoir tendance à suivre un processus long de plusieurs années où les partis politiques, les organismes de recherche, les mouvements populaires et autres organisations à travers le pays vont s’engager à conduire des recherches, organiser des débats et des conférences pour se questionner concrètement sur ces politiques, tout cela servira de retours pour l’élaboration de mesures. En amont de la 20e Assemblée nationale populaire du PCC, 54 organismes de recherches ont par exemple pris part aux études utilisées dans les rapports officiels, 80 articles ont été publiés pour l’occasion. À cette occasion, 64 équipes de chercheur·e·s ont conduit 179 visites de terrain dans les provinces, les régions autonomes et municipalités, 25 équipes de chercheur·e·s ont conduit des sondages écrits auprès de 465 organisations et 10 équipes de recherches ont commissionné 252 organisations pour réaliser des études spécialisées. Les équipes de recherches ont fait appel à 19 022 participants et organisé des consultations et des entretiens avec 1 847 individus. Les consultations publiques effectuées sur internet pour le 20e rapport d’Assemblée nationale populaire ont recueilli plus de huit millions de réponses.21
Troisièmement, la démocratie libérale s’exerce principalement par et pour les intérêts de la classe dirigeante capitaliste. Résultat : tout est fait pour empêcher la politisation de la société en dehors des avenues traditionnelles qui préservent l’hégémonie du capital sur la main d’œuvre et il existe quelques mécanismes en parallèle des élections pour conserver le pouvoir. Lorsque l’activité politique a lieu hors des périodes électorales, elle naît d’une opposition au gouvernement et à la politique de l’État et est souvent une réaction suite à des promesses électorales brisées. Cela est dû au contrôle de l’État par des capitalistes qui engendre de l’antagonisme de classe par la force des choses, car la classe capitaliste cherche à maximiser son profit au travers de l’oppression, tandis que la classe laborieuse cherche à abolir cette oppression. À l’inverse, dans une société révolutionnaire, les masses se sont accaparé le pouvoir d’État et par conséquent, constituent l’État. Elles sont la principale source de légitimité et de pouvoir. Comme l’a observé Mao Zedong, ceci produit une contradiction d’une nature fondamentalement différente de celle qui existe dans le capitalisme :
« Les contradictions d’une société capitaliste s’expriment au travers d’intenses antagonismes et conflits dans une lutte de classe acharnée ; elles ne peuvent être résolues par le système capitaliste lui-même et ne peuvent être résolues que par une révolution socialiste. La situation est tout à fait différente avec les contradictions dans une société socialiste ; elles ne sont ici pas antagonistes et peuvent être résolues continuellement par le système socialiste lui-même… » 22
La nécessité est par conséquent d’instaurer des structures de gouvernance et une culture de la responsabilisation au niveau politique qui travaillent de concert avec un système étatique pour atteindre des buts communs. C’est ce qu’on entend par « démocratie populaire », un concept né en opposition à la « démocratie bourgeoise. » C’est un système dans lesquel les mesures politiques s’efforcent de « réellement refléter les préoccupations du peuple, d’incarner leurs aspirations, de promouvoir leur bien-être et de répondre à leur désir d’une vie meilleure. » 23 Victor Gao (un avocat et universitaire chinois membre du Comité révolutionnaire du Kuomintang, l’un des huit partis démocratiques en Chine) comparait les modèles démocratiques chinois et occidental à une voiture. Dans le système chinois, explique-t-il, les roues sont toutes dirigées dans la même direction. Dans d’autres systèmes, les roues du même véhicule sont pointées dans des directions opposées, « le résultat n’est pas de la synergie ou de la coordination et de meilleurs résultats, mais plutôt de l’inefficacité, de l’incompétence, un manque de résultats et une absence fondamentale d’apports positifs pour le peuple. » 24 Le besoin de se diriger dans la même direction a des conséquences directes sur la responsabilisation des fonctionnaires : les voteur·euse·s peuvent non seulement élire des officiels, mais aussi les démettre de leurs fonctions s’il·elle·s n’incarnent pas convenablement les intérêts du peuple.25 Le public est aussi incité à dénoncer la corruption des fonctionnaires ou des fautes professionnelles de leur part, ces signalements entraînent des conséquences concrètes. Entre 2012 et 2022, juste pour la corruption, 4,7 millions de personnes ont fait face à différents types de punitions.26
Le modèle chinois de « processus de démocratie populaire intégral » intègre ainsi deux modèles majeurs de démocratie : la démocratie électorale et la démocratie consultative. Il part du niveau des cantons (乡镇级), avec des assemblées populaires de cantons directement élues par la communauté elle-même. À ce niveau, la participation est aussi assurée par des comités de village autogérés au travers d’élections directes et de la consultation locale au travers de meetings et forums. Les élections au niveau local représentent la forme de démocratie la plus étendue et la plus dynamique en Chine, elles incluent notamment les comités de village, les comités de citadins et les assemblées d’employés dans les entreprises et institutions publiques. C’est un aspect notable, car la Chine reste très décentralisée. Les gouvernements locaux (c’est-à-dire au niveau provincial, préfectoral, des comtés, des cantons et des villages) constituent 50 pour cent des recettes publiques et représentent 85 pour cent des dépenses. Le gouvernement central chinois ne représente que 15 pour cent des dépenses publiques totales. La moyenne est de 66 pour cent.27
Au niveau cantonal (县级), il existe des assemblées populaires de comté soutenues par des comités de comtés du CCPPC, des comités spécialisés dans l’agriculture, l’industrie, l’éducation et d’autres domaines et d’autres auditions publiques portées sur des grands enjeux. Au niveau des préfectures/villes (地市级), il existe des assemblées municipales populaires et leur commission permanentes, des comités municipaux du CCPPC, des mécanismes de consultation propre à chaque secteur et une large participation publique quant à l’urbanisme et le développement urbain. Au niveau provincial (省级), il existe des assemblées provinciales populaires et leur comité permanent, des comités provinciaux du CCPPC, des mécanismes de coordination interrégionale et des processus de consultation avec les institutions académiques et les laboratoires d’idées. Une fois que le peuple élit des représentant·e·s de cantons et de comtés, ces représentant·e·s à leur tour élire des député·e·s pour des instances de gouvernement plus élevées.
L’autogouvernance au niveau municipal en Chine est vue au travers de cinq angles démocratiques interconnectés pour créer un système global de participation locale. Les élections démocratiques servent de fondation au travers d’élections de comités de village, les comités de citadins et les assemblées d’employés dans les entreprises et institutions publiques, avec des chef·fe·s et membres de comité élus pour des postes au niveau des cantons et des comtés. Les consultations démocratiques prennent la forme de différents procédés : projets, conférences, discussions, séminaires, auditions, examens, plateformes en ligne et sondages d’opinion ; ce qui permet aux communautés d’agir sur des sujets d’ordre vital pour eux, en particulier pour certains groupes spécifiques cherchant à faire reconnaître leurs droits. Les prises de décision démocratiques se font au travers de multiples réunions entre les villageois, les citadins et leurs représentant·e·s, des réunions portant sur des problèmes économiques ou sociaux, d’infrastructure, de gestion de l’ordre social, de services publics culturels, de préservation de l’environnement, d’autogestion, de régulations quant à l’autogestion et autres sujet clés à l’échelle locale. Les habitant·e·s interviennent à la fois durant la prise de décision et l’implémentation des mesures.Une gestion démocratique donne aux communautés rurales et urbaines le moyen d’établir leurs propres règles et conventions pour administrer les droits et devoirs des habitant·e·s, leurs modalités d’organisation, les fondements de leur économie collective, la sécurité de leur voisinage, la sécurité publique, la collecte des ordures, leurs coutumes matrimoniales, le planning familial ainsi que les activités culturelles ; les communautés elles-mêmes gèrent leurs affaires publiques et services conformément au cadre constitutionnel et juridique. Enfin, la supervision démocratique permet aux citoyen·ne·s, aux entités légales et aux organisations de superviser les organes de l’État et l’efficacité des fonctionnaires au travers de demandes de contrôles administratifs, de litiges et de plaintes déposées auprès d’organes de supervision quant à de possibles fautes et négligences professionnelles, abus de pouvoir ou violations de règles déontologiques. Cela donne vie à des mécanismes de responsabilisation qui rendent complet le cycle de gouvernance démocratique par le bas.28 Tous ces niveaux de gouvernance ont fait partie du processus de consultation global qui a transformé le village Minzhu à Chongqing.
Au niveau national, ces processus arrivent jusqu’à l’Assemblée nationale populaire (ANP) et le comité national du CCPPC, aux côtés de mécanismes de consultation du conseil d’État et de processus de consultation sur les politiques prises par le gouvernement central. L’ANP sert d’organe suprême du pouvoir d’État en Chine, avec des délégations choisies au travers d’un système d’élections indirectes à plusieurs niveaux, à commencer par les élections directes de fonctionnaires au niveau cantonal. En 2023, l’ANP avait 2997 membres avec des représentant·e·s des 56 groupes ethniques, dont 14,85 pour cent font partie d’une minorité (à cet égard, les minorités qui ne composent que 10 pour cent de la population chinoise, sont surreprésentées au gouvernement). 16,69 pour cent des membres de l’ANP représentent les paysans et travailleurs de terrain, 56 d’entre eux représentent les travailleurs immigrés. Les cadres du gouvernement et du Parti représentaient 32,55 pour cent du total, un chiffre qui a lentement diminué avec l’arrivée à l’assemblée de plus de plus de travailleurs, de paysans et d’experts.29 L’ANP se réunit chaque année et possède un comité permanent exerce son pouvoir entre chaque réunion. Le CCPPC fonctionne en parallèle de l’appareil de l’ANP, du niveau national au niveau local. Il compte des représentant·e·s des 8 partis démocratiques de Chine, de minorités ethniques, de groupes religieux, de représentant·e·s de Hong Kong, Macao et de la région de Taiwan ainsi que des Chinois·e·s résident·e·s à l’étranger, en plus de figures importantes de différents secteurs de l’économie. Le CCPPC sert d’organe consultatif pour le dialogue politique et la formation d’un consensus.
Ces organes de décisions institutionnelles à multiple niveau reflètent l’évolution du mécanisme de « ligne de masse », où les idées, les politiques et les rapports remontent des localités jusqu’au niveau national avant de redescendre lorsqu’elles sont implémentées (ce qui permet également d’affiner des outils ayant déjà amélioré la vie des gens).
Un rapide tour d’horizon du système chinois de « processus de démocratie populaire intégral » met à mal le discours dominant dans les universités occidentales, qui appréhende le système politique chinois en partant de l’idée qu’il est autoritaire, illégitime et place le gouvernement de Chine dans la liste de ce ceux qui dépendent de la coercition pour leur survie. Au lieu de cela, le processus démocratique chinois renferme une vaste fresque d’institutions et de pratiques qui, prises ensemble, permettent à de plus en plus de participation populaire dans la gouvernance du pays.
La perception des Chinois·e·s sur leur modèle démocratique est tout aussi importante. Sur ce point, l’ensemble des données de sondages sur la perception de la démocratie des Chinois·e·s (dont celle d’institutions libérales occidentales bien reconnues) montrent que non seulement la très grande majorité des Chinois·e·s sont satisfaits du travail de leur gouvernement central et provincial, mais aussi que la vaste majorité des Chinois·e·s considèrent leur gouvernement comme démocratique et au service du peuple.
Examinons maintenant les résultats de plusieurs grandes études. Tout d’abord, l’Ash Center for Democratic Governance and Innovation de l’université Harvard mènent encore l’étude la plus approfondie sur la satisfaction des citoyen·ne·s chinois·e·s vis-à-vis de l’efficacité de leur gouvernement en interrogeant depuis 2003 l’opinion du public. Leur rapport datant de 2020 nommé ‘Understanding CCP [sic] Resilience: Surveying Chinese Public Opinion Through Time’ révèle que le gouvernement chinois bénéficie d’une large popularité à tous les niveaux. Bien que les auteur·rice·s de l’étude ont comme grille d’analyse l’idée que présupposée que le caractère autoritaire de la Chine allait créer des crises de légitimité, il·elle·s documentent une augmentation constante dans la satisfaction des citoyen·ne·s. Le gouvernement central atteint une cote de popularité de 93 pour cent en 2016, le taux de soutien est maintenu à 82 pour cent pour les gouvernements provinciaux, deux chiffres qui ont vu une augmentation constante au fil du temps. Une trouvaille importante de leur recherche est la plus grande hausse de satisfaction parmi les populations marginalisées dans des régions économiquement désavantagées de l’arrière-pays, ce qui suggère (conformément à l’approche chinoise du « processus de démocratie populaire intégral ») que la réactivité de l’État vis-à-vis des conditions matérielles est un mécanisme clé derrière sa légitimité.30
Les auteur·rice·s résument ainsi leurs résultats : « On constate, depuis le début de l’étude d’opinion en 2003, que la satisfaction des citoyen·ne·s chinois·e·s vis-à-vis du gouvernement a augmenté pratiquement à tous les niveaux. Allant de l’impact des grandes politiques nationales jusqu’à la conduite des fonctionnaires de leur ville, les citoyen·ne·s chinois·e·s voient plus que jamais le gouvernement comme compétent et efficace. Il est intéressant de noter que les groupes les plus marginalisés dans les régions plus pauvres de l’arrière-pays ont en réalité relativement plus de chance de montrer une hausse de la satisfaction. Deuxièmement, les avis des citoyen·ne·s chinois·e·s semblent changer (que ça soit positivement ou négativement) en fonction de changements réels dans leurs conditions de vie. » 31
Ces résultats sont cohérents avec les données de l’Asian Barometer Survey, qui a trouvé en 2015 que 87 pour cent des sondés en Chine avait « énormément » ou « beaucoup » de confiance envers leur gouvernement. Des résultats similaires à l’enquête mondiale sur les valeurs, qui montre de manière constante que plus de 90 pour cent des Chinois·e·s « énormément » ou « beaucoup » de confiance envers leur gouvernement. Dans la vague la plus récente en 2018, la confiance était de 95 pour cent, l’une des plus hautes dans le monde.
Des conclusions corroborées par l’Alliance of Democracies (AoD), organisme créé par d’anciens dirigeants de l’OTAN et du gouvernement danois, qui produisent des rapports annuels du Democracy Perception Index depuis 2019. Au travers d’un partenariat avec le cabinet allemand d’études de marché Latana, l’AoD emploie des approches méthodologiques créées spécifiquement pour atténuer les biais de réponse et une possible autocensure. Les résultats de 2024 montrent que 92 pour cent des sondés chinois·e·s voit la démocratie comme importante, 79 pour cent qualifie de démocratique leur pays et 91 pour cent pense que leur gouvernement sert les intérêts du plus grand nombre plutôt que ceux des élites ; chacun de ces chiffres était plus haut que partout ailleurs dans le monde et sur chacune de ses métriques, loin devant les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, soit les exemples type de démocratie libérale. 32
L’étude AoD mesure la perception de la liberté d’expression et de si élections libres et équitables. Ici aussi, la Chine devance les États-Unis et la majorité de l’Europe. Présenté avec l’affirmation « Dans mon pays, tout le monde peut exprimer librement son opinion sur des sujets politiques et sociaux », seulement 18 pour cent des Chinois·e·s étaient en désaccord avec celle-ci (comparé à 27 pour cent aux États-Unis). Présenté avec l’affirmation « les dirigeants politiques de mon pays sont élus grâce à des élections libres et équitables », seulement 5 pour cent des Chinois·e·s étaient en désaccord avec celle-ci (comparé à 27 pour cent aux États-Unis).
Enfin, une étude récente publiée dans la revue Political Psychology a demandé aux citoyen·ne·s de 42 pays s’il·elle·s pensaient que leur système est juste et équitable.33 La question posée est la suivante : « En général, je trouve que la société est juste », « En général, le système politique de mon pays fonctionne comme il se doit », « Dans mon pays, la richesse et le bonheur est atteignable pour chacun » et « Mon pays a une société qui permet à chacun d’obtenir ce qu’il mérite ». Les résultats montrent que dans la majorité des pays, la réponse varie entre « plutôt pas d’accord » ou « neutre ». Il n’y a qu’un seul pays où la réponse moyenne est « plutôt d’accord », ce pays est la Chine. Autrement dit, les Chinois·e·s ont plus tendance à être d’accord avec l’idée que leur système est juste et équitable que dans n’importe quel autre pays sondé.
Ces résultats sont remarquables. Certains sceptiques ont remis en question ces données, affirmant que par peur, les sondés peuvent exagérer leur soutien envers le gouvernement s’il·elle·s vivent dans un régime qui chasse les dissidents politiques. On appelle ce phénomène le « biais d’informations stratégiques ». Cependant, le fait que toutes ces études révèlent des scores bas dans des pays connus pour leur répression politique montre que ce biais n’est pas un réel problème ici. Quoi qu’il arrive, cette question a longuement été explorée dans la littérature scientifique portée sur la Chine. Des chercheur·e·s ont entrepris plusieurs études avec des méthodologies spécifiquement faites pour éliminer tout biais d’informations stratégiques, telles que les expériences de liste et les tests d’association implicite. Ces études confirment encore et encore que le peuple de Chine a bien un fort taux de soutien envers le gouvernement et le système politico-économique.34
Ces données empiriques présentent une remise en cause fondamentale des cadres analytiques libéraux utilisés pour évaluer la légitimité politique. Les taux de satisfactions systématiquement élevés qui sont documentés dans plusieurs études indépendantes suggèrent l’idée que la légitimité est moins le résultat de rituels démocratiques protocolaires que d’une réponse substantive du gouvernement aux conditions matérielles du public. Cette observation est en phase avec les analyses du matérialisme historique qui priorisent la relation entre le pouvoir de l’État, les masses populaires et le développement économique sur les mécanismes démocratiques purement protocolaires.
Considérons le fait que, sur les deux dernières décennies, les salaires dans le secteur de l’industrie ont été multipliés par huit en Chine. Les salaires en Chine étaient parmi les plus bas en Asie et sont maintenant plus élevés que dans n’importe quel autre pays en voie de développement dans la région. La Chine a maintenant l’espérance de vie la plus haute dans le monde développé. En réalité, l’espérance de vie en bonne santé en Chine est quatre ans de plus que celle des États-Unis, selon les données les données de l’étude sur la Charge mondiale de la Morbidité.35 Ces faits sont des évolutions historiques majeures et le peuple chinois·e·s l’a bien compris.
Nous avons mentionné plus haut que la démocratie socialiste a aussi pour but d’introduire les principes de la démocratie dans le domaine de la production. Notre article porte sur les processus politiques et la question de l’implémentation de la démocratie économique en Chine dépasse le cadre de notre analyse. Cela reste sujet de considérables débats parmi les socialistes, dont ceux de Chine. D’un côté, le public contrôle le secteur financier et les secteurs clés (les entreprises d’État représentent près d’un tiers du PIB chinois) permettent à la Chine de mener les investissements et la production en concordance avec les plans de développement national ratifiés démocratiquement. D’un autre côté, les critiques de gauche soulignent que l’expérience au travail de nombre de Chinois·e·s restent la même que l’exploitation par une firme capitaliste.
Il semble que ces dernières années, le PCC fait pression pour amener plus de démocratie ouvrière dans les firmes. Par exemple, de récentes directives exigent que les firmes avec plus de trois employés membres du PCC doivent octroyer une représentation à ces employés dans la direction de l’entreprise. Les décennies à venir en diront plus sur la direction que va prendre la PCC quant à la démocratie économique, mais nos discussions avec des personnes de Chine indiquent clairement que depuis 2012 et surtout depuis la 19e Assemblée nationale en 2017, le gouvernement a accéléré sa transition vers le socialisme : l’ambition officielle de la Chine est d’avoir construit une « nation socialiste moderne qui est prospère, forte, démocratique, civilisée et harmonieuse » en 2049. Ceci n’est pas un simple slogan, mais le reflet d’un ensemble de mesures politiques avec des critères de réussite bien définis. L’un des principaux piliers du programme de réduction de la pauvreté est par exemple le développement d’économies coopératives dans toutes les campagnes chinoises.
En somme, le cas chinois démontre comment des formations démocratiques autres (sous la forme de « processus de démocratie populaire intégral » en Chine) peuvent générer de la légitimité par différents moyens que ceux valorisés dans les démocraties libérales. L’idée de centralisme démocratique combinée avec une participation populaire dans les processus de création des politiques crée des mécanismes au service de la réactivité gouvernementale qui transcendent les cycles d’élections périodiques. Ces cycles d’élections forment un plafond de verre limitant l’engagement politique dans les sociétés capitalistes.
La transformation du village Minzhu (un exemple parmi des milliers en Chine) fournit une illustration tangible du fonctionnement du « processus de démocratie populaire intégral » dans la vie de 1,4 milliard de Chinois·e·s. Les centaines de réunions de quartier, la boîte à lettres numérisée qui collecte les suggestions des habitant·e·s et le processus de consultations global qui a guidé la revitalisation du village, tout cela est un microcosme des mécanismes plus larges que la démocratie socialiste chinoise utilise pour traduire des participations populaires en améliorations des conditions de vie. Ce processus, qui tire ses racines d’un siècle d’expériences et de méthodologies révolutionnaires, met à mal certains postulats fondamentaux sur la relation fondamentale entre la démocratie, le développement ainsi que la légitimité politique qui a longtemps dominé les débats en Occident et révèle la supériorité du modèle de la démocratie socialiste, grâce à son emphase sur les droits non seulement politiques, mais aussi sociaux et économiques.
Le modèle chinois démontre que la démocratie ne doit pas se confiner à un simple processus électoral périodique ou à des droits procéduraux officiels divorcés des conditions matérielles. Le « processus de démocratie populaire intégral » intègre des mécanismes électoraux et consultatifs au sein de multiples niveaux de gouvernance, des comités de village jusqu’à l’ANP, assurant ainsi l’existence permanente de canaux de participation populaire dans les prises de décisions. Plus important encore, cela consolide la légitimité démocratique au travers d’améliorations des conditions de vie matérielles et sociales qui sont démontrables : l’élimination de l’extrême pauvreté, le développement massif d’infrastructures, des avancées technologiques et une augmentation du niveau de vie grâce à un processus d’élaboration des politiques qui intègre systématiquement la participation et la supervision populaire.
Concevoir la démocratie comme un processus historique en expansion plutôt qu’un arrangement institutionnel fixe illustre les différences méthodologiques sur l’analyse de la politique entre les approches matérialistes historiques et libérales. Là où les démocraties libérales considèrent les formes institutionnelles occidentales comme l’aboutissement du développement de la démocratie, les démocraties socialistes voient l’exercice de la démocratie comme quelque chose toujours en évolution en réponse aux conditions matérielles et besoins populaires qui eux aussi évoluent. Comme l’explique Lin Shangli, la démocratie et le développement sont corrélés : « La démocratie est à la fois un prérequis pour la modernisation, mais aussi l’une de ces missions essentielles ; elle sert à la fois d’instrument du progrès et d’objectif à atteindre dans l’effort de modernisation. » 36 Le projet de société chinoise suggère que cette approche dialectique (une approche qui priorise le fond sur la forme et les résultats sur les procédés) puisse offrir des bases plus solides pour une réelle souveraineté populaire que des systèmes qui formalisent l’égalité politique tout en tolérant de vastes inégalités qui empêche toute participation démocratique sérieuse.
De façon plus fondamentale, le projet de société chinois démontre l’intégrabilité du projet socialiste et de la démocratie. Comme l’observe Victor Gao :
« Si vous pensez que la Chine aurait pu réussir une profonde transformation économique durant les quatre dernières décennies, qu’elle aurait pu éliminer par la même occasion l’extrême pauvreté et accoucher du plus grand nombre d’utilisateurs d’internet et de smartphones dans le monde, en plus des 150 millions de Chinois·e·s voyageant à travers le monde chaque année, et cela, sans démocratie, sans que les citoyen·ne·s chinois·e·s aient leur mot à dire dans le processus d’élaboration des politiques, quelque chose ne tourne pas rond avec votre analyse et vos conclusions. » 37
Les leçons que l’on peut en tirer vont au-delà des frontières chinoises. À une époque où les démocraties libérales en Occident enchaînent les crises de légitimité (augmentation du taux d’abstention, inégalités en pleine croissance, dysfonctionnement des institutions, aliénation des classes populaires toujours plus grandes vis-à-vis de la vie politique et l’abandon des normes démocratiques par des États s’engouffrant toujours plus dans les guerres et l’impérialisme), le modèle chinois montre des voies alternatives pour conceptualiser la relation entre une souveraineté populaire et une gouvernance efficace. Il laisse entendre que l’épreuve ultime d’une démocratie n’est pas de se conformer à un arrangement institutionnel spécifiquement développé dans un certain contexte historique, mais d’être capable d’animer le peuple pour qu’il façonne ses conditions de vie et sa société. Comprendre le « processus de démocratie populaire intégral » demande donc d’aller au-delà des contraintes imposées par l’idéologie libérale afin de sérieusement considérer les approches socialistes pour s’organiser politiquement. Ces approches offrent des idées clés pour chaque société du 21e siècle en prise avec des problématiques de développement et de souveraineté populaire.
