Le soir où le cessez-le-feu au Liban a été annoncé, l’Amal et le Hezbollah ont incité le million de personnes déplacées par la guerre à retarder leur retour chez elles, jusqu’à ce que la situation soit plus sûr. Mais ne voulant pas attendre l’aube, sur les coups de minuit, les familles ont commencé à se diriger vers le sud du Liban.
Les frappes israéliennes ont détruit presque tous les ponts reliant le nord-ouest au sud-ouest du Liban. Les soldats libanais ont établi un passage temporaire sur le pont abîmé de Qasmiya, laissant passer les voitures une par une, tandis que d’autres choisissent de traverser à pied. Certains évitent la longue attente en traversant directement en voiture la rivière Litani.
Parmi les personnes sur le chemin du retour, il y avait Zeinab Nasereddine, qui rentrait chez elle avec sa famille au village de Yater.
« Nous connaissions le risque. Nous savions qu’Israël pourrait continuer à bombarder, mais nous ne pouvions plus attendre », explique-t-elle au Mada Masr. « Nous avions besoin de voir le village, ne serait-ce que quelques instants ».
Cela dit, pour beaucoup, le soulagement d’être rentré était entaché. Soudainement, les frappes israéliennes ont repris et se sont étendues vers le nord de la rivière Litani, et malgré que le Hezbollah ait exprimé son intention de frapper en retour, une peur constante que des combats à plus grande échelle éclatent à tout moment subsiste. Cette situation rend des familles incapables de prédire s’ils auront le temps ou le choix d’arriver en lieu sûr s’ils se trouvaient mêlés à un combat. En parallèle, ces derniers jours, les forces israéliennes continuent leur destruction, démolissant les maisons et les infrastructures des villages, y compris Beit Lif, Shamaa, Bayyada et Naqoura, ainsi que Mays al-Jabal et Bind Jbeil.
Les personnes venant du Sud et de Dahieh, qui ont parlé au Mada Masr de leur situation depuis le cessez-le-feu du 17 avril, ont fait part de l’incertitude quant à leur retour. Pour eux, la trêve ne s’a pas rimée avec un sentiment de sécurité, mais plutôt avec un sentiment d’incertitude : incapables de revenir définitivement, ils se retrouvent avec un sentiment de chagrin et de frustration.
Les risques liés au retour pèsent dans leurs esprits à mesure qu’ils expliquent les conditions qui leur sont imposées, et les options disponibles qui permettraient d’éviter de s’exposer eux-mêmes et d’exposer leur famille à davantage de danger sont limitées.
Leur hésitation est le reflet d’une réalité qui s’étend à travers le sud, et à Beyrouth où les gens dorment encore dans les rues et les abris, face à l’impossibilité de retourner dans les zones toujours occupées par les forces israéliennes.
Ce manque de clarté a donné lieu à des discussions sur le futur du Liban se dévelopant dans les milieux politiques et dans les capitales internationales.
Bien que le cessez-le-feu ait été prolongé de trois semaines lors d’une discussion entre les États-Unis, l’Israël et le Liban à Washington D.C. la semaine dernière, d’après les diplomates, les analystes et les politiques, les perspectives politiques en jeu pour le Liban n’éclaireront que légèrement la situation d’un pays et d’un peuple désormais dans l’incertitude.
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Lorsque Zeinab Nasereddine est arrivée à Yater, dans le district de Bint Jbeil, au lendemain du cessez-le-feu, les dégâts étaient immédiatement visibles. Sa maison était encore debout, mais les fenêtres étaient brisées, les murs étaient endommagés et à l’intérieur les fragments de missiles étaient éparpillés.
« Au moins, nous avons encore une maison », témoigne-t-elle. « Ce n’est plus le cas pour beaucoup ».
La famille commença à nettoyer et considéra brièvement rester. Voir leur maison, le village et leurs voisins, en dépit des dégâts et des décombres qui marquent les rues, leur apporta un bref sentiment de soulagement. Après un mois et demi à vivre chez les personnes, revenir, même dans cet état de fracture, donnait le sentiment d’un retour possible et d’une fin à la douleur de la séparation.
Mais les services de base n’étaient pas disponibles. Il n’y a pas d’électricité, les panneaux solaires sont endommagés, avec les routes compromises et la menace imminente des violences en cours, il y a peu d’espoir de réparation rapide.
Contrairement au cessez-le-feu de 2024, le Hezbollah n’a pas encore mentionné les réparations, ou approché les résidents pour enquêter, évaluer et compenser les dégâts. La famille de Naseredine ne les attend pas avant un bon moment, sachant qu’il s’agit d’une courte trêve qui pourrait ne pas durer.
« Nous ne pouvons rien réparer si nous ne savons pas si ça va être détruit encore une fois », explique Nasereddine au Mada Masr.
Elle et sa famille ne sont restées qu’une journée après le cessez-le-feu avant de retourner à Beyrouth, poussées par l’incertitude.
De retour à la capitale, où calme règne depuis la dévastatrice attaque du mercredi noir, Rola Mostafa est retournée chez elle à Haret Hreik, malgré les scènes de destruction dramatiques dans toute la zone. Chez elle, les vitres des fenêtres sont brisées et certaines pièces nécessitent des travaux, mais pour elle, revenir en vaut les efforts.
« Sa propre maison en vaut toujours la peine », confie-t-elle au Mada Masr. « Il n’y a rien de tel qu’être chez soi, même si on vous met dans la plus belle des maisons».
Pourtant, elle reste préparée à partir de nouveau si nécessaire. Elle explique que sa famille est consciente qu’ils ne peuvent pas encore se réinstaller définitivement à Haret Hreik et ont gardé leurs affaires dans des cartons dans un appartement qu’ils louent à Aley.
Pour beaucoup, le sentiment de danger est imminent. Quelques heures avant le cessez-le-feu, le directeur du bureau exécutif du mouvement Amal, Mustafa al-Fouani, a appelé les familles à faire attention et à être patientes avant de rentrer chez elles, et le Hezbollah a averti qu’Israël était connu pour violer les accords, et a incité les civils à attendre que la situation s’éclaircisse.
Au cours de la courte période de trêve, pour l’instant, Israël a continué à marteler les villages au sud du Liban, et a annoncé poursuivre ses opérations dans le Sud, renouvelant ses ordres de déplacement des habitants du secteur sur toute la partie sud de la rivière Litani, et débordant vers le nord à Yohmor, le point culminant du front sud où la vue s’étend jusqu’à la côte ouest et vers l’est en direction de la plaine de la Bekaa, occupant en réalité une bande qui pénètre le Liban sur huit kilomètres et comprend 55 villages.
Certaines de ces zones sont restées inhabitées depuis que la guerre a éclaté, particulièrement des villages avec une population mixte ou non chiite. Des habitants vivent encore dans le village chrétien de Debel, près de Bint Jbeil dans le secteur centre du front sud, malgré son isolation complète du monde extérieur pendant des semaines, depuis qu’Israël a lancé son opération d’encerclement de Bint Jbeil. Les mouvements entrants et sortants du village sont sévèrement restreints et les forces israéliennes ont détruit 20 maisons du village.
Avant le cessez-le-feu, les bombardements continus de l’Israël signifiaient que l’aide humanitaire ne pouvait pas atteindre Debel et les villages chrétiens avoisinants tels que Ain Ebel et Rmeish. Même l’ambassadeur du Vatican au Liban n’a pas pu avoir l’autorisation d’entrer.
Finalement, « la population a enfin eu un sentiment de soulagement pendant ce cessez-le-feu », raconte George Younes, représentant de la commune de Debel, au Mada Masr.
Depuis le 20 avril, un convoi d’aide humanitaire accompagné par un représentant du Pape a enfin pu rejoindre le village où les habitants se sont rassemblés pour les accueillir. « L’aide comprenait des légumes, de l’eau et des médicaments », Younes ajoute qu’il y avait des dons de la part de plusieurs initiatives qui attendaient un corridor sûr pour livrer des provisions. Younes confie que, à Debel, certains habitants avaient réussi à retourner dans des maisons qui étaient précédemment occupées par les forces israéliennes, où ils ont trouvé des restes de provisions.
Or l’accès au reste du monde est encore limité pour les habitants des villages. « Nous avons encore besoin d’une permission pour sortir ou entrer », dit-il. « Et même si tu pars, il n’y a aucune garantie que tu puisses revenir ».
À Ain Ebel, une petite clinique s’est installée, en revanche, elle reste difficile d’accès et nécessite souvent une coordination avec la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), explique Chadi Bechara, une résidente du village.
À Rmeish, le prêtre local Najib Amil, dans une déclaration, informe que le village a reçu de l’aide de la part de l’organisation américaine Samaritan’s Purse (« Bourse des samaritains »), un groupe qui livre des aides en Israël depuis 2023 et qui a commencé à envoyer des aides au Liban depuis le début de la guerre cette année.
Les provisions ont été livrées par hélicoptère dans une zone entre Rmeish et Yaroun, et un représentant local a été informé via un appel téléphonique avec Israël qu’ils avaient le droit de les chercher, d’après la déclaration du prêtre.
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Pour les quelques habitants du village chrétien qui tentent leur chance en restant dans le sud, on observe un soutien prudent aux efforts diplomatiques actuellement menés par les États-Unis. « Nous soutenons le président [Joseph Aoun] dans ses efforts diplomatiques de mener à bien les discussions et son intention de mettre fin à cette guerre », ajoute Younes. « Les gens sont épuisés de ces performances de guerre. C’est mieux pour tout le monde de vivre en paix ».
En revanche, pour les personnes informées de l’initiative politique, il est peu probable qu’Aoun ait suffisamment de pouvoir pour entraîner la fin de cette guerre, et il est également peu probable que les Américains et les Israéliens cherchent sérieusement à mettre en place une initiative qui assurera la stabilité pour le Liban et son peuple.
Cela n’a pas empêché Trump d’essayer de continuer.
Lors d’une allocution du Bureau ovale suite à la rencontre de jeudi à la Maison-Blanche, qui a réuni les ambassadeurs libanais et israéliens, ainsi que les membres de son propre cabinet, Trump a dit aux journalistes : « Nous pensons que le président du Liban et le Premier ministre d’Israël viendront » à Washington D.C. à la mi-mai.
Pour un diplomate qui conduit des discussions avec les Américains, les Israéliens et les Libanais, synchroniser une rencontre entre Aoun et Netanyahu avec l’expiration du cessez-le-feu signifie que « ce ne sera pas un cessez-le-feu qui durera indéfiniment ».
« Aucun des partis ne souhaite que cela ait l’air d’un renouvellement automatique, car cela renverrait l’image d’une sorte d’impasse », explique le diplomate.
Toutefois, comment sortir d’une impasse, qu’elle soit réelle ou imaginée, et donner à chaque parti quelque chose à remporter, là est la question aujourd’hui.
Le problème commence par le manque de clarté quant à ce qui est en jeu.
« Le souci n’est pas qu’Aoun aille à Washington ou non », affirme un ancien officiel arabe. « Quand Aoun parle à Naibh Berri et Berri parle au Hezbollah, Naem Qassem et aux restes, et aux Iraniens, il doit leur dire que c’est l’offre que j’ai. Et quand j’ai parlé aux Américains (en fin de semaine dernière), ils ont dit qu’ils n’avaient pas fait d’offre aux Libanais au nom des Israéliens qui pourrait être présentée à Berri, ou au Hezbollah d’ailleurs ».
Pour Michael Young, rédacteur en chef au Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center, il ne s’agit pas juste d’un souci des Américains mettant quelque chose en jeu, mais également de cohérence au sein de la politique intérieure libanaise.
« Actuellement, le Liban n’a pas accepté ce qui était négocié. Nous n’avons pas réellement de cadre de référence pour ces négociations. La première étape est d’arriver à une sorte d’accord sur le cadre de référence. Sans quoi, nous serons pris en traître par les impulsions des Israéliens et des Américains à imposer une paix totale au Liban. Il faut donc que nous arrivions à une sorte d’accord sur ce que nous voulons » explique-t-il.
Il ajoute que la construction d’un consensus potentiel est possible, si Berri « comprend que les négociations sont faites, non pas pour parvenir à un accord de paix avec Israël, mais bien pour neutraliser les combats sur les zones frontières », une formule qui ressemble à l’accord d’armistice tel que l’a suggéré le leader Druzes, Walid Jumblatt, plus tôt cette semaine.
« Berri ne peut pas justifier aux Hezbollah un accord de paix. Il sera très difficile, voire impossible, pour lui de soutenir un accord de paix. Et dans les faits, ce n’est pas la position du Liban. Berri veut rester dans le cadre d’un consensus arabe et veut être capable de justifier sa position envers la communauté chiite. Il peut le faire en parlant d’une armistice, il ne peut pas le faire en parlant de négociations de paix», explique-t-il.
Joseph Daher, auteur de Hezbollah : Political Economy of Lebanon’s Party of God, est d’accord sur le fait qu’un accord de paix, qui était l’objectif des négociations d’après les déclarations du vice-président JD Vance et du secrétaire d’État Marco Rubio, n’est pas faisable dans les conditions actuelles.
« Il n’y a pas d’appétit parmi les différents acteurs politiques libanais pour un accord de paix, ce que les Israéliens et les Américains ont demandé », ajoute Daher.
« Parmi les importants secteurs de la population sunnite, ils veulent la fin de la guerre, mais pas un accord de paix avec Israël. Jumblatt a dit que, concrètement, s’il n’y pas de consensus national à ce sujet, le Liban ne devrait pas poursuivre des négociations s’orientant vers un accord de paix. Et même les différents partis chrétiens, à l’exception des Forces libanaises, n’accepteraient pas une forme de paix ».
« Toutes conclusions possibles d’un accord de paix dans le futur », continue Daher, seraient probablement le résultat d’un long processus, plutôt que d’une négociation hâtée, malgré la pression des États-Unis et d’Israël à parvenir à un accord.
Une partie de ce processus d’obtention de l’approbation d’une importante partie de la population libanaise, il ajoute, devrait comprendre le retrait d’Israël au Sud et de tous les territoires libanais, la libération de tous les prisonniers libanais, et le terme de la violation de la souveraineté et reconstruction libanaise.
« Mais la position politique de Aoun pour ces négociations est actuellement plutôt faible et hautement dépendante du soutien de la scène internationale à ses demandes. Il n’est pas capable d’assurer une garantie de la part d’Israël qu’il mettrait en pause cette guerre qu’il continue de mener malgré la trêve », conclut l’auteur.
Le diplomate régional est d’accord, affirmant que le retrait d’Israël et surtout un plan de reconstruction est le point central de tout plan sérieux. « La reconstruction du Sud est primordiale », explique-t-il. Afin de reconstruire et de permettre à la population de revenir chez elle, « vous devez convaincre le Hezbollah de s’engager à ne pas agresser Israël, et vous devez convaincre Israël de s’engager à ne pas agresser le Hezbollah. Et la deuxième partie est vraiment très difficile car Netanyahu veut une guerre. Il ne peut pas être sans guerre avant d’être réélu », dit-il.
Ainsi, pour Israël, la meilleure façon de sortir de cette impasse est de retourner en guerre.
Lors de la rencontre à Washington la semaine dernière, un officiel libanais confie au Mada Masr que les partis ont discuté de la « consolidation de la trêve, et de la cessation des destructions et du ciblage des civils ». Toutefois, dans les 48 h, Netanyahu a balayé tout simulacre de consolidation et a ordonné de nouvelles attaques aux Sud du Liban,Trump avait exercé une pression sur le Premier ministre israélien pour mettre en pause la guerre au Liban afin de s’assurer des progrès lors de ses discussions avec l’Iran, qui a insisté sur le fait que le cessez-le-feu s’applique également au Liban. L’Iran, de la même manière, le 18 avril a insisté pour qu’Israël se retire du territoire libanais. Mais Israël n’a pas été forcé à stopper cette occupation du territoire libanais ni même à arrêter complètement ses attaques contre le Liban.
Toutes diminutions des hostilités que la trêve initiale a pu garantir, le ralentissement des discussions avec l’Iran cette dernière semaine a vu Trump chercher une victoire politique au Liban et augmenter la pression au côté libanais à parvenir à un accord, complète un ancien diplomate arabe influent dans les capitales occidentales et régionales.
Cette pression coïncide avec la hausse des attaques au Sud pour tenter de pousser le gouvernement libanais à agir. Mais cela n’a fait qu’aliéner encore plus le Hezbollah.
Le secrétaire général d’Hezbollah, Naeem Qassem, a révélé ce lundi sa plus grande dénonciation à ce jour des processus diplomatiques menés par le président et le Premier ministre.
« Cette autorité ne peut pas continuer tout en compromettant les droits du Liban, abandonnant des terres et affrontant sa population résistante », déclare Quassem dans une émission télévisée, décrivant « la résistance et son peuple » comme la moitié de la population du pays. « Nous refusons catégoriquement les négociations directes, et les personnes au pouvoir doivent savoir que leurs actions ne profiteront pas au Liban, ni à eux-mêmes », avertit le secrétaire général.
Mettant en lumière la brèche s’ouvrant entre le Hezbollah et le processus diplomatique, Qassem conclut : « Que ce soit bien clair : ces négociations directes et leurs résultats n’existent pas à nos yeux, et ne nous inquiètent en rien ».
Au-delà de la tension politique montante issue de la trajectoire politique menée par les États-Unis et en parallèle de la trajectoire militaire israélienne qui se développeau sol, une trajectoire de désamorçage centrée sur une tentative d’intégrer le Hezbollah à l’armée libanaise est menée par les Français, Égyptiens et Qataris, selon un diplomate à Paris, l’ancien arabe et diplomate régional.
« Si vous voulez désarmer le Hezbollah, vous devez avoir une alternative pour eux », ajoute le diplomate régional.
Mais il y a des étapes évidentes qui devront être mises en place avant qu’un monopole d’armes puisse être établi sous l’État libanais.
« C’est très compliqué, car l’intégration d’éléments du Hezbollah dans l’armée est un sujet sensible du point de vue de l’armée, parce qu’on ne veut pas créer une section chiite dans l’armée nationale », explique le diplomate régional.
L’ancien diplomate arabe indique que les Qataris ont élaboré une approche étape par étape tournée vers le désarmement et l’intégration du Hezbollah, qui devrait être réalisée en parallèle d’une approche étape par étape du retrait israélien, de la démarcation entre le Liban et l’Israël et de la démarcation entre le Liban et la Syrie. « Mais les Israéliens ont fermement refusé cette offre », complète-t-il.
Et malgré toute l’attention portée à la politique intérieure libanaise, aux États-Unis et à Israël, il est indéniable que l’Iran et ses discussions avec les États-Unis exercent une influence importante dans la détermination du destin du Liban.
Un ancien ambassadeur égyptien au Liban explique que « le Hezbollah a eu une piqûre de rappel » de la dernière guerre, étant donné le soutien qu’y dédie l’Iran pour réarmer depuis 2024.
Le diplomate régional souligne que la question des positions du Hezbollah et de l’Iran restent unies est un élément crucial du paysage actuel.
« Hezbollah a fait preuve d’une grande maîtrise de soi face à toutes les provocations israéliennes depuis le début de la trêve de 2024, jusqu’à ce que l’Iran soit critiqué le 28 février », commente le diplomate.
Depuis l’accord de l’année dernière, la FINUL a enregistré plus de 7 300 violations aériennes de l’armée de défense d’Israël et plus de 2 400 activités de l’Armée de défense d’Israël au nord de la Ligne bleue. Les casques bleus ont également enregistré près de 1 000 trajectoires dépassant la Ligne bleue violant la résolution de 1701, dont la majorité provenait du côté israélien.
« Donc, dans les faits, penser qu’il est possible de séparer l’Iran de l’Hezbollah est irréaliste », continue le diplomate.
Et d’après différentes sources briefées lors des négociations en Iran, ce n’est pas sur la table. Plutôt, ce qui est discuté est la nature de l’implication des alliés de l’Iran dans le contexte national où ils opèrent, et la nature des agressions entre eux et Israël, indiquent les sources informées des négociations.
Selon un diplomate informé des négociations basé en Europe, il y a un désaccord fondamental concernant les «mandataire de l’Iran » car les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG), chacun à sa manière, ont conscience de la menace que l’Iran représente. Ils veulent s’assurer que n’importe quel accord les épargnera d’une telle menace.
C’est pourquoi, dans la semaine, l’Arabie saoudite a essayé de mettre la pression aux partis libanais pour suivre les trajectoires menées par les États-Unis, confirment plusieurs sources.
« Les Saoudiens veulent avoir la main sur le Liban dans une tentative de contrebalancer l’influence iranienne au Liban. Cela fait partie de la nouvelle stratégie saoudienne d’essayer d’être le plus présent possible là où l’Iran l’est, afin d’assurer qu’ils peuvent maintenir un équilibre des pouvoirs », explique l’ancien diplomate arabe.
Mais forcer la collision entre les positions non résolues à Washington et au Liban pourrait précipiter une confrontation entre les partis au Liban qui sont actuellement loin d’être réconciliés entre eux.
Au vu des positions diamétralement opposées concernant les discussions à Washington, « nous sentons que le Liban n’est pas loin d’une scène de tension civile », commente l’ancien ambassadeur.
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Au-delà de la dimension régionale et du coup de théâtre de la Maison-Blanche, l’ancien ambassadeur égyptien désigne les personnes qui dépendent d’Hezbollah pour freiner les agressions israéliennes comme ceux dont les vies sont en jeu. « Oubliez Hezbollah en tant que Hezbollah », commente-t-il. « C’est les personnes qui soutiennent le Hezbollah qui comptent » et qui ne peuvent être ignorées.
Et beaucoup d’entre elles ont fait face à d’importants obstacles qui remontent à la guerre de 2024.
La situation au moment de l’actuel cessez-le-feu a déjà empiré alors que les agressions israéliennes déferlent. Mahmoud Qamati, le président adjoint du conseil politique duHezbollah, a déclaré le 18 avril que désormais le groupe n’accepterait plus les actuelles violations israéliennes et appelle au retrait total et immédiat des forces israéliennes du territoire libanais.
Alors que cette semaine les premiers intervenants cherchaient le corps d’Amal Khalil, la journaliste assassinée lors d’une frappe aérienne israélienne la semaine dernière qui a rendu impossible pendant des heures la recherche des corps par les autorités libanaises, le membre du parlement Hussein al-Hajj Hassan a réaffirmé sa position encore plus fermement lors d’une apparition en tant qu’invité sur la chaîne Red TV. En évoquant la recherche de Khali qui était en cours lors de l’émission sur la chaîne Red TV, il a assuré aux auditeurs que «désormais, le Hezbollah n’est plus contraint au cessez-le-feu, et que nous répondrons de la manière qui nous semblera appropriée ».
Ces derniers jours, le Hezbollah a repris les tirs de roquettes vers Israël et leurs contre-attaques se sont accélérées.
Par anticipation d’un nouvel engagement du Hezbollah dans la guerre, beaucoup d’habitantsqui étaient retournés brièvement dans leur village au Sud ont entamé leur retour samedi vers Saida et Beyrouth.
Qamati a déclaré que l’arrêt des combats avait pour but d’accorder au civil un bref moment de répit, il a toutefois incité les gens à « ne pas s’installer là où vous allez au Sud et à Dahieh, et à rester vigilants à la fourberie israélienne ».
Le créneau pour une stabilité durable apparemment disparaîssant à mesure que la consultation interne à propos d’une unification de la position libanaise s’éternise sous la pression grandissante, Rana Hamzeh, une habitante de Sur, confie qu’elle vit cette situation au jour le jour. « Si l’escalade militaire continue encore une fois, ou s’il y a des échanges de tirs, nous partirons », complète-t-elle. « Pour l’instant, nous essayons de profiter d’être chez nous, même si ce n’est que pour quelques jours ».
La clinique de son mari a été grandement endommagée lors d’une frappe à proximité, la rendant inutilisable. Pour le moment, reprendre le travail n’est pas la priorité. Elle se contente de prendre une pause du déplacement et d’entrevoir encore une fois une vie normale. « Les gens ont besoin de se reposer après tout ce qu’ils ont vécu », ajoute-t-elle. Mais dans le même souffle, elle décrit que par chez elle certains réouvrent leur boutique et essayent de les remettre en état : « la vie doit continuer d’une manière ou d’une autre ».
Pour Shady Abdallah, un agriculteur de Saida, le cessez-le-feu doit encore montrer toute réassurance pour son gagne-pain. Il avait investi dans des terres agricoles à Naqoura en 2024, dans l’espoir que la tension grandissante le long de la frontière ne l’empêcherait pas de gagner sa vie grâce aux terres. Il était conscient des risques, car le Hezbollah échangeait déjà avec l’Israël dans le cadre du soutien du Hezbollah lancé pendant l’agression de l’Israël à Gaza.
Ce qu’il n’avait pas anticipé, c’était les escalades successives, d’abord en septembre 2024, puis à nouveau en mars de cette année.
« J’ai essayé d’y aller le premier jour du cessez-le-feu, mais l’armée libanaise m’a stoppé à Qlaileh », explique-t-il. « Je réessayerai. J’ai quinze pick-up transportant des produits qui pourriront si on ne les déplace pas hors de Naqoura pour les vendre ».
Attendre n’est pas une option pour Abdallah. La saison des cultures aurait dû commencer au début du printemps. Davantage de retard, en particulier avec l’été qui est en avance, signifierait la perte de la saison entière.
« Pour quelle raison serais-je leur cible ? Je suis juste un agriculteur », se désole-t-il. « Mais je suis inquiet pour les pick-up. J’essaie de coordonner avec l’armée ou la FINUL afin d’obtenir une autorisation, mais ça semble peu probable ».
Cette incertitude a mis la vie de beaucoup de personnes en suspens, et ne savent désormais plus quoi faire. Retourner sur leurs terres et leur gagne-pain n’est pas une option facile, ni même, dans certains cas, une option viable. Pour les agriculteurs et les bergers en particulier, dont les vies sont étroitement liées aux terres et en dépendent entièrement, il y a très peu d’alternatives.
Abdallah poursuit qu’abandonner les terres à Naqoura n’est pas une option non plus, même si cela implique une perte financière. La qualité du sol, la beauté du paysage, sa relation avec les terres et les efforts investis représentent bien plus que sa simple valeur financière.
« J’ai un autre terrain près de Saida, mais tout mon travail est au Sud », explique Abdallah. « Je sais que c’est seulement une question de temps avant de revenir, mais cela ne rend pas l’attente plus facile ».
À Dahieh, Rola Mostafa est préparée à ce que la trêve instable ne perdure pas. « Cette fois-ci, nous sommes prêts pour un nouveau déplacement, émotionnellement et physiquement. Oui, ce sera fatigant, mais nous savons que nous le faisons pour une grande cause, qui est de soutenir la résistance contre Israël », ajoute-t-elle.
Et pour les habitants des villages frontaliers au sud, qui n’ont pas pu rentrer du tout depuis la guerre de 2024, car Israël a conservé la liberté de déplacer et détruire leurs maisons durant l’accord de cessez-le-feu à ce moment-là, les nouvelles conditions poursuivent seulement un chapitre en cours.
« Personne ne comprend notre douleur, sauf ceux à la frontière », explique Mariam Hamdan de Meiss El Jabal au Mada Masr.
Meiss El Jabal est un village sur le front, à environ un kilomètre de la frontière israélienne. Il a fait face aux vagues de destruction répétées, à la fois pendant la guerre actuelle et les escalades précédentes. Lors de la trêve de 2024, Israël avait détruit une grande partie du village, y compris les maisons et terres des civils, mais n’avait pas établi de position à l’intérieur.
Cette fois-ci, les forces israéliennes ont mené des incursions au sol et des démolitions systématiques à l’aide de machinerie lourde, rasant des sections entières de zones résidentielles et infrastructures, assurant la destruction de ce qui était resté intact de la dernière guerre. Le village se trouve maintenant dans la zone tampon déclarée par Israël, restreignant le retour des civils et suscitant la crainte que la possibilité de revenir soit repoussée indéfiniment.
Ce lundi, le bureau d’Aoun a publié une déclaration reprochant la critique de sa décision de poursuivre les discussions à Washington. « Certains nous tiennent responsables de la décision d’aller aux négociations sous prétexte d’un manque de consensus national, et je pose la question : “quand vous êtes partis en guerre, avez-vous d’abord obtenu le consensus national ?” ».
D’après Daher, ce commentaire illustre la triste réalité de la nature cyclique de la politique libanaise.
« Tandis que certaines voix au sein de la communauté chiite aient critiqué la décision du Hezbollah d’entrer en guerre début mars, les réactions et politiques du gouvernement libanais leurs ont confirmées qu’il n’y pas d’autre choix que leHezbollah pour les protéger », commente Daher.
« L’État libanais ne peut pas déclarer rechercher un monopole du droit à la violence afin d’affirmer sa souveraineté alors qu’il ne le peut pas [exercer ce monopole]. Il a retiré ses armées du Sud du Liban, et de plus, ne fournit aucune sorte de protection ou alternative socio-économique pour la population libanaise ou pour le type de base populaire chiite du Hezbollah.
«En outre, lors de la dernière guerre, nous avons vu les réactions hostiles envers les populations chiites déplacées vers d’autres zones. Les chiites se sont vus refuser le logement, non seulement par peur des bombardements israéliens, mais également car ils étaient considérés comme responsables, automatiquement affiliés au Hezbollah, ou de la guerre contre le Liban. Cela fait aussi partie de la politique israélienne de nourrir les tensions sectaires au Liban. Plus généralement, une grande partie des chiites au Liban ont vu les réactions négatives de l’État libanais et du secteur médiatique libanais envers eux, tout en se sentant continuellement menacée par Israël, et dans une moindre mesure par le gouvernement syrien et ainsi qu’au sein du pays, à cause de l’hostilité montrée envers eux.
Et selon Daher, aujourd’hui, c’est le Hezbollah, principalement grâce aux financements iraniens, qui continuera probablement à satisfaire les besoins d’une grande partie de la population chiite, car en l’absence de toutes actions ou politiques de la part du gouvernement libanais pour gérer ce problème et sa dépendance des financements étrangers. En parallèle, l’isolement du Hezbollah sur la scène nationale sera encore plus ancré, aussi bien pour ses propres politiques que due à la pression étrangère, aggravant les tensions dans le pays.
Avant la dernière escalade, Hamdan avait espéré louer une maison plus proche de Meiss El Jabal, et recommencer sa vie là-bas, mais même cette option n’est désormais plus possible. À la place, elle continue son voyage de déplacement, qui l’a déjà vu déménager entre Sur, Nabatieh et la région de Chouf, là où elle habite actuellement.
Hamdan n’a pas perdu espoir de revenir, mais le chagrin et la tristesse ne font que grandir, un sentiment partagé par tous les habitants de la région frontalière, pour qui le débat agité sur les discussions politiques leur semble loin de leur réalité quotidienne.
« Qu’est-ce que le gouvernement peut faire pour nous », se demande-t-elle. « Ils n’en ont rien à faire de nous. Nous nous sentons abandonnés. Nous n’attendons rien de ses discussions ».
« Les gens pensent que la paix veut dire qu’ils sont en sécurité. Mais nous n’avons pas eu un seul jour de paix depuis des années ».
